Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 29.1884

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

inspiré de ce travail; — un Sacrifice d'Isaac dans lequel on démêle l’influence véni-
tienne de Bellini à travers des formes allongées et anguleuses, certains tons jaunes et
rouges et une facture de paysage qui accusent un artiste ferrarais de l’école de
Lorenzo Costa.

Une œuvre incontestablement ferraraise, car elle est longuement signée, est un
tableau d’autel appartenant au comte Redern, une madone trônant entre des figures de
saims; au bas : DOMINICUS PANETUS CEPIT ANNO NATIVITATIS.DNI. M.D.III.
KLIS.APRILIS. Les peintures de cet artiste, contemporain de Francesco Cossa, sont
fort rares; cependant, outre celle-ci, Berlin en possède encore une autre, la Mise au
Tombeau, au Musée Royal. La Madone trônant est évidemment celle dont parle
Baruffaldi, qui relate l’inscription tout entière avec son curieux cepit en guise de
fecit. Du Tintoret, un seigneur vénitien, bel échantillon de la conception pittoresque
et distinguée du maître et de sa large et spirituelle facture. De Tiepolo, une superbe
esquisse de Dieu le Père dans sa Gloire (au comte de Pourtalès), et de petits per-
sonnages dans un paysage de Zuccarelli (prêté par la Galerie de Sans-Souci).

IV.

ÉCOLES PRIMITIVES DU NORD.

Le plus ancien tableau de la vieille école néerlandaise à l’exposition était une
Circoncision d’un peintre resté inconnu, formé évidemment à l’école des Van Eyck.
Le Musée royal de Berlin a deux œuvres de ce même inconnu, qu’on ne rencontre
guère dans aucune autre collection. Les caractères distinctifs sont l’aspect lourd de
ses figures trapues, l’expression presque stupide des têtes, le vide et l’insipidité de la
composition, qui rappelle celle de Petrus Cristus ; mais une colo-ation puissante et
harmonieuse, le ton chaud des carnations, une exécution soignée et un sens très fin
du paysage, remarquable surtout dans les lointains, relèvent cette vulgarité.

Parmi ces artistes à cheval, pour ainsi dire, sur les xvc et xvic siècles, nourris encore
des traditions des Van Eyck, mais qui s’apprêtent déjà à ménager des voies nouvelles
et diverses à l’école néerlandaise, figurent Henri de Blés avec une œuvre d’atelier, le
triptyque de XAdoration des Rois, et surtout avec la piquante et originale Décolla-
tion de saint Jean-Baptiste, achetée à la vente du marquis de Ganay, par M. Hainauer,
si étrangement attribuée, dans le catalogue de la galerie Pourtalès, à Albert Durer 1,
séduisante, malgré l’horreur du sujet, par la riante féerie des costumes et de l’archi-
tecture, et qu’on dirait une illustration de quelque conte des Mille et une nuits, accom-
modé à la flamande ; et Mostaert, avec sa Sibylle persique dans laquelle les rédac-
teurs du catalogue Beurnonville ont voulu voir un portrait de Marguerite d’Autriche,
quoiqu’elle ne ressemble en rien aux traits bien connus de celte princesse et qu’elle
ait toute l’allure d’une œuvre purement idéale.

Comment la peinture néerlandaise subit-elle, vers les premières années du
xvic siècle, cette influence italienne qui se trahit dans un si grand nombre d’œuvres
des maîtres du Nord ? Le problème est intéressant, mais non moins difficile à résoudre :
les documents biographiques font trop souvent défaut; à quelle époque les artistes

1. Nous ayons parlé de ce charmant petit tableau dans la Chronique du 14 mars 1881.
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