Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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BIBLIOGRAPHIE

FAÏENCES MUSULMANES

A PROPOS D’UN LIVRE RÉCENT

n peut constater, depuis une dizaine d’années, un chan-
gement notable dans le goût public en ce qui concerne
la céramique orientale. Pendant longtemps, les amateurs
— et à leur suite les archéologues — semblent avoir
réservé toute leur attention pour les pièces remarquables
plutôt par l’habileté minutieuse de l’exécution, qui
accompagne trop souvent la décadence artistique, que
par de véritables qualités décoratives. Mais, peu à peu,
leur sens critique s’affinant, ils ont compris que leur admiration avait souvent
été déterminée par des qualités somme toute secondaires, et ils ont vu dans
quelles séries il fallait chercher les pièces dignes d’être proposées comme modèles.

On commence maintenant à reconnaître que toutes les porcelaines de la
Chine et du Japon ne présentent pas le même intérêt, à estimer à leur juste
valeur les trop nombreux « objets d’exportation » fabriqués spécialement en vue
des acheteurs occidentaux, à ne pas s’attacher avant tout à l’effet pictural, et à
aimer les pièces monochromes, d’une si grande beauté. L'attention se porte
d’autre part, vers les grès émaillés de la Corée et du Japon, d’un effet très délicat
malgré leur apparente simplicité. Enfin, les produits céramiques anciens des pays
musulmans, Perse, Égypte, Syrie, Asie Mineure, achèvent de conquérir leurs
droits de cité dans les musées et chez les collectionneurs.

Dans toutes ces œuvres, d’un caractère si différent, ce sont, en réalité, les
mêmes qualités de dessin et de couleur qui nous séduisent. Pour le dessin, c’est
la recherche de la simplicité voulue, la stylisation habile de motifs empruntés
à la nature; et il est tout naturel que nous commencions seulement à être très
sensibles à ces qualités: si nous les goûtons maintenant dans fart oriental, c’est
que nous avons appris à les connaître dans l’art européen du moyen âge ; ce
dernier, en effet, les a portées à un haut degré de perfection et se distingue
nettement, grâce à elles, de l’art décoratif de la Renaissance et des deux siècles
qui font suivie. Pour le coloris, c’est la recherche de l’harmonie générale, non
seulement dans les tons éteints et fondus, mais aussi dans les couleurs très
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