Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Carpaccio sont splendides, — une influence vénitienne sur Luini,
si déjà des Foppa, des Bergognone, n’avaient laissé voir, à Brera
comme ici, des tapis orientaux, des tentures aux tons intenses.
Un charmant paysage, pris peut-être au bord de l’Adda, s’encadre
dans une fenêtre ouverte à droite du tableau b

Les peintres en panneaux de voitures qui ont repassé le Foppa
(n° 31) se sont tout particulièrement acharnés sur l'autre Luini
(n° 84) qui représente Tobie conduit par T ange, et dont l’Ambrosiennc
montra la grisaille : cela semble refait, dans la crudité de ses verts,
par quelque Bernardo dei Conti. Une Vierge suave et naïve, avec un
joli paysage (n° 84bis) de Pietro Bizzo (1493-1540) est intéressante à
trouver auprès des Luini; mais le Saint Jérôme (n° 85) de Bernar-
dino, noté comme « œuvre de jeunesse », ne trahit la jeunesse que
par un détail singulier, une étrangeté criante dans la perspective :
le saint, dont le regard est dirigé vers un Christ en bois devant
lequel il prie, regarde en réalité dans un plan tout autre que celui
sur lequel est plantée la croix. D’ailleurs, le modèle est superbe ; c’est
un de ces vieillards dont la barbe blanche devient, sous le pinceau
de Luini, un miracle de virtuosité.

Le catalogue (n° 125) attribue encore à Luini La Madone en
pleurs et Le Christ portant la croix, diptyque. Une tête, une seule
tête, dans le fond, est vraisemblable. Est-ce d'ailleurs une copie?
nn fragment repris ? L’auleur de cette chose avait assurément dans
l’œil le type des bourreaux toujours répétés par Luini ; mais cette
couleur, d’où vient-elle?

On est assez large dans les attributions que l’on fait à Bernar-
dino; c’est une ressemblance encore avec Léonard de Vinci. Je me
permettrai de passer sur FHérodiacle du musée Borromée, moins
bonne que celle du Louvre (il y a pourtant dans celle-ci, à droite
du spectateur, une main bien surprenante). Au reste, ce paisible,
cet élégant musée possède de Luini trois purs chefs-d’œuvre : deux
Madones, et la Suzanne. Déjà une tête de femme, à fresque, était
charmante; mais les Madones, l’une si vraiment chaste et d’un mou-
vement si nouveau, l’autre avec ce divin profil, ces belles joues,
fermes et pures, dans une pâte raffinée et des touches si savoureuses
de souplesse, surpassent tout : la deuxième Madone penche la tête
vers le Bambino; ses longues paupières s’abaissent dans un mouve-
ment familier à Luini ; personne n’a peint comme lui ces corolles

1. Cf. Fondazione artistica Poldi-Pezzoli, Calalogo generale, 2e éd.,Milan, 1886,
in-12.
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