Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

femme et de ses fils, il veut encore auprès de lui ses élèves, et son
ami de jeunesse, son compagnon de Rome, M. Paul Dubois. 11
souffre cruellement, mais il domine sa souffrance, et il confie son
agonie à la tendresse et à l’amitié fidèles.

Ce joyeux Toulousain, qui aima le plaisir de Paris, qui se mon-
tra toujours d’humeur si allègre., qui se plut finalement à l’impro-
visation d’un art joli et sensuel, est donc parti avec une fierté do
stoïcien. Cela va bien, après tout, avec la gaieté insouciante qu’il
arborait, avec cet air de bravoure qu’il chantait par ses allures, par
sa conversation, par sa sculpture. Mais cela donne à penser, aussi,
qu’il y eut chez Falguière un fond de pensée plus inquiet cl plus
grave qu’on n’aurait pu le supposer. Sous la jovialité de l’homme,
qui sait s’il n'y eut pas la douleur d’un rêve d’artiste déçu ? On est
tenté de croire à une mélancolie, malgré le talent, malgré le succès,
malgré les honneurs, le prix de Rome de 1859, les médailles de 1864
et de 1867, la médaille d’honneur de 1868, la décoration de 1870,
l’Institut, les commandes. Examinons l’œuvre après avoir rendu
hommage à l’homme, examinons-la au moins sur ses points essen-
tiels, pour essayer de définir les diverses tendances de l’esprit de
l’artiste, et peut-être notre conclusion sera-t-elle mieux en accord
avec la fin émouvante de Falguière qu'avec les apparences officielles
et plaisantes de sa vie.

Elève de Jouffroy, lauréat du prix de Rome, Falguière eut une
première manière qui rejoignait la nature à travers l’antiquité. Cette
manière est parfaitement représentée au musée du Luxembourg
par le bronze du Vainqueur au combat de coqs, exposé au Salon de
1864, et par le marbre de Turcisius, martyr chrétien, exposé au Salon
de 1868. Je viens de revoir ces deux œuvres de la jeunesse de l’ar-
tiste. Elles ont un véritable charme, et je crois bien qu’elles auraient
dû rester dans la préoccupation de l’artiste, non comme des réalisa-
tions complètes, comme des points d'arrivée, mais comme des points
de départ, comme les indications d’un développement logique. Ce
sont des œuvres d’école, mais elles sont tout de même animées
d’un sentiment de liberté que donne seule la nature.

Le Vainqueur au combat de coqs, lancé dans sa course, agitant
joyeusement sa main gauche, serrant contre lui, de son autre main,
l’oiseau victorieux, la tête tournée en un joli mouvement harmo-
nieux, tout son corps d’adolescent orné d’une grâce fine, de la pre-
mière fleur de la jeunesse, se rattache bien moins aux imitations de
la sculpture antique qu’à cette sculpture elle-même. Il y a une parenté
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