L' art: revue hebdomadaire illustrée — 15.1889 (Teil 2)

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L’EXPOSITION RETROSPECTIVE D'OBJETS D'ART FRANÇAIS AU TROCADERO. 75

quaire-monstrance qui fait l’admiration de tous les ama-
teurs et qui tient toute une vitrine à lui seul. Du même
art flamand et de la même époque, il sort d’un atelier de
Barcelone : outre le poinçon de cette ville, on y trouve un

Poinçons du grand reliquaire hispano-flamand exposé par M. Frédéric Spitzer.

poinçon de maître orfèvre; mais malheureusement les

noms d'artistes correspondant à ces poinçons de maîtres
sont encore moins connus en Espagne qu’en France. Les
armes émaillées qui sont sur le coffret sont celles d’Anjou,
Naples et Aragon pour les unes; quant aux autres, on n’en
a pas encore découvert le possesseur. Outre sa forme très
ingénieuse, qui simule les deux branches d’un même tronc
d’arbre et qui a permis d’obtenir à la fois le type reli-
quaire, c’est-à-dire un coffret où les reliques sont invi-
sibles, et le tvpe monstrance, c’est-à-dire deux cylindres

J .a Cruciflxion.

Plaque. Cuivré champlevé et émaillé. Travail des bords du Rhin, (xu* siècle.; — (Collection de M. Frédéric Spitzer.)
IX position Tiniverselle de 1889. (Section rétrospective d’objets d’art français.)

de cristal où elles sont exposées à la vénération des fidèles,
il faut signaler la très fine et très élégante décoration au
pointillé gravée sur les parois du coffret médian : une
ornementation aussi délicate est peut-être en dispropor-
tion avec une pièce aussi considérable et viole sans doute
les règles admises, mais cette faute légère est vite pardon-
née, quand on en a examiné de près les gracieux rinceaux.

Bien plus ancien est l’évangéliaire placé dans la vitrine j

du milieu de la salle et qui nous ramène à la période
carolingienne. Il contient les évangiles divisés suivant les
fêtes de l’année et provient originairement de Sion (Valais .
Les émaux cloisonnés sur or et le Christ du centre, en or
également, sont bien du vme ou ixc siècle, mais quelques-
uns des cabochons ont été remontés au xn° siècle, la diffé-
rence des filigranes qui les entourent ne permettant aucune
hésitation à ce sujet.

Les Vertus.

Plaque. Cuivre champlevé et émaillé. Travail des bords du Rhin. (xue siècle.) — (Collection de AI. Frédéric Spitzer.)
Exposition Universelle de 1889. (Section rétrospective d’objets d’art français.)

Comme intermède entre tous ces sévères objets d’église,
citons une petite boîte de miroir, de la fin du xivc siècle,
a titre d’échantillon d’orfèvrerie civile. Le couvercle offre
le sujet, si fréquent au Moyen-Age, de Saint Georges déli-
vrant la fille du roi de Lydie, cette fable inspirée par la
légende de Persée et d’Andromède; sur la boîte, courent
des lézards très finement ciselés et tout à fait de la même
facture que les petits animaux des nœuds de calices limou-
sins. Saint Georges est armé comme les chevaliers de

l’époque : le heaume avec un cimier superbe sur la tête, la
cotte d’armes recouvrant l’armure et flottant jusque sur les
pieds éperonnés et chaussés à la poulainc. Le plus curieux,
c’est que la pauvre jeune fille est d.eux fois représentée, une
fois à gauche, une à droite, et dans la même attitude
recueillie, attendant sa délivrance avec cette patience, cette
sorte de béatitude qui conviennent bien à une figure de
Vierge ou de-sainte, mais qui ne sont pas en situation
chez une simple mortelle aux prises avec un monstre.
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