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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 15.1889 (Teil 2)

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https://doi.org/10.11588/diglit.25868#0191

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LE PEINTRE ORDINAIRE DE GASPARD DEBURAU

i

La célébrité est une
personne très coquette
qui exige de grandes at-
tentions de ses poursui-
vants ; aussi ceux qui la
négligent quelque peu
sont-ils aussitôt rempla-
cés par des rivaux em-
pressés.

On peut être assuré
que les hommes qui ne
jouissent pas de la répu-
tation qu’ils méritaient
de leur vivant furent des
êtres insouciants, travail-
lant pour leur plaisir,
ou d’une bohème exces-
sive qu’explique leur peu
de productions; certains
sont morts jeunes, avant
d’avoir donné tout ce que
contenait leur cerveau ;

quelques-uns encore
n’avaient qu’une note
dans l’esprit, note parfois
fine et délicate, mais que le public put à peine entendre
dans le concert bruyant donné par un ensemble de nom-
breux concurrents.

Peut-être un des divers motifs qui précèdent serait-il
applicable à un peintre sur lequel j’ai recueilli plus de
renseignements en regardant son œuvre que dans les
ouvrages biographiques, car ils sont muets à son égard les
dictionnaires consacrés à l’enregistrement des œuvres
d’artistes, même de quatrième ordre. Heureusement, le
peintre, dont j’ai à m’occuper ici, eut des relations avec
des romanciers, des auteurs dramatiques, des républicains
pendant la période romantique, et leurs noms ont sauvé
jusqu’à un certain point la mémoire d’Auguste Bouquet.

Il vécut en communauté avec eux, concourut à l’illus-
tration de leurs œuvres, fut mêlé au violent mouvement
démocratique de i83o à i83q, et, quoique son œuvre ne
soit pas considérable, il est facile d’y lire les tendances
artistiques et politiques de certains groupes.

Le premier compagnon que rencontra Bouquet, vers
183 i, fut Jules Janin, c’est-à-dire à l’époque où le jeune
écrivain allait entreprendre la publication de son livre sur
Deburau, un petit ouvrage appartenant, malgré son appa-
rence frivole, au mouvement tout à la fois de rénovation

et d’insurrection, si ces mots ambitieux pouvaient'être ap-
plicables à une œuvre humoristique.

Par rénovation, j’entends le courant romantique qui
permettait à chacun de se livrer à sa propre fantaisie, de
choisir des sujets que personne n’avait osé aborder jus-
qu’alors, et de placer sur un piédestal d’humbles person-
nages qui de savetiers devenaient rois tout à coup. Dans
les tentatives insurrectionnelles qui s’appliquaient à nier
et à détruire les œuvres des derniers partisans du clas-
sique, il faut citer le petit livre de Jules Janin, dont le
sous-titre marque bien la tendance de taquinerie agressive :
Histoire du Théâtre à quatre sous, pour faire suite à l’his-
toire du Théâtre français. On voit la portée de la flèche :
accoler le théâtre des Funambules à la Comédie-Fran-
çaise, les tréteaux aux planches classiques, Deburau à
Talma, donner une importance exceptionnelle à un bouge
du boulevard du Temple, opposer le mime enfariné aux
héros pompeux des tragédies, gratifier l’acrobate d’un
génie supérieur à celui des professeurs les plus autorisés
du Conservatoire, telle fut la pensée ironique qui guida
la plume de Jules Janin et l’empêcha plus tard, dans une
circonstance solennelle, de reconnaître la meilleure de ses
œuvres L

On sait l’excellent résultat qui advint de la collabora-
tion de l’auteur, des artistes et de l’imprimeur. Ce fut un
grand bonheur pour Auguste Bouquet d’être choisi
comme un des illustrateurs qui devaient concourir à l’or-
nementation du livre. Le jeune peintre fut associé à Tony
Johannot dans ce travail qui devait rehausser le texte.
C’était une marque toute spéciale de sympathie que d’avoir
fourni l’occasion à Auguste Bouquet de devenir le colla-
borateur d’un aimable artiste, déjà passé maître dans l’art
des vignettes.

Auguste Bouquet eut en partage les frontispices des
deux volumes, lesquels représentent le portrait à mi-corps
de Deburau dans deux de ses principaux rôles. Ces vi-
gnettes, habilement gravées sur bois, sont bien conformes
à l’attitude et à la physionomie du mime célèbre que la
génération actuelle n’a pas connu. Il était fort délicat de
rendre en quelques traits une extrême finesse de physio-
nomie cachée sous le plâtre. Bouquet s’en tira avec esprit;
il avait étudié d’ailleurs le comédien sous plusieurs de ses
faces et il était certainement un des spectateurs assidus des
représentations du mime, car il l’a peint dans deux tableaux
dont malheureusement les traces sont perdues.

Qui voudra se faire une idée de ces peintures en trou-
vera une reproduction dans des lithographies de la Revue

i. Dans les discours du re'cipiendaire de Jules Janin à l’Acade'mie
française, le nom de Deburau et le titre Histoire du Théâtre à quatre
sous furent soigneusement passés sous silence.

Gaspard Deburau
dans la pantomime de Pierrot savetier.
Dessin de M. Patrice Dillon,
d’aprts Vautier.
 
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