Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

pas des bras d’athlète; ils rappellent ceux de la Sibylle de Cumes dans
la Chapelle Sixtine : les mains comme les pieds ont cette décision, ce
caractère d’élégance extraordinaire qui font au premier coup d’œil recon-
naître une œuvre de Michel-Ange.

En résumé, ce qui domine dans cette statue c’est la grandeur, la vie
et la simplicité. Elle n’éprouve aucun des tourments sous le coup des-
quels les Esclaves et les figures de la Chapelle de Saint-Laurent se
tordent dans une sorte de désespoir farouche. Elle a le calme et l’énergie
de la foi.

Le costume de Moïse, a été critiqué, il semble étrange; mais il n’ôte
rien à l’aspect de l’œuvre et on peut l’oublier. La draperie, qui de la
cuisse droite tombe au milieu de la statue, fait une sorte de repoussoir
plein de fermeté et qui est traité uniquement au point de vue de
l’effet.

Que dire du marbre, sinon qu’il est exécuté avec une perfection
extrême. Comme dans tous les ouvrages de Michel-Ange, on y remarque
des oppositions, des contrastes qui résultent du travail du ciseau. Mais
ici rien n’a été abandonné; on sent que Michel-Ange, toujours plein de
la pensée du Tombeau de Jules II, est revenu cent fois sur le Moïse et
qu’il y a mis tous ses soins. Aussi est-il l’une de ses œuvres capitales,
nous dirions son chef-d’œuvre, n’était le Penseur qui nous semble
une conception encore plus parfaite, plus saine et d’un caractère plus
durable.

IX.

Le Moïse, qui était déjà depuis longtemps célèbre, fut, néanmoins,
mis en place au milieu d’une telle indifférence que l’on ne sait pas exac-
tement à quelle date il parut. Ce silence, cet oubli, convenaient à Mi-
chel-Ange vieilli, accablé par les épreuves et par la douleur. S’occupait-
on moins du sculpteur pour voir en lui le grand homme? On ne saurait le
dire, et cependant cela est vraisemblable, car déjà les papes et les princes
ne lui parlaient qu’avec des marques de respect. L’universalité de ses
talents était reconnue, et son âme était allée s’élevant de pair avec son
génie. Dans la solitude où il se plaisait à vivre, il méditait la Bible,
relisait les sermons de Savonarole et pénétrait de plus en plus le sens
mystique de la Divine Comédie.

Il est bien difficile, lorsque l’on étudie Michel-Ange, de ne point
parler du Dante : il semble qu’on ne puisse les séparer. On se souvient
que dernièrement, à l’occasion des fêtes du quatrième centenaire de
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