Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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NOTES SUR BERNARDINO LUINI

bien pauvre; mais elle garde, pour éclairer l’histoire de Luini,
dans la même salle où l'on exhibe le reste des traces laissées par le
Cenacoio de Léonard, une énorme fresque de Montorfano, que per-
sonne ne regarde. Or, cette composition médiocre « de manière
ancienne » , et sous laquelle Léonard de Vinci peignait Ludovic
Sforza et la duchesse Béatrice avec leurs deux lils1, c’est exacte-
ment la même composition, les mêmes groupes, le même fond, si l’on
s’en tient à un premier regard, que montrera la fresque peinte à
Lugano par Luini : tout ce qui est pure ordonnance, dans cette
œuvre de Montorfano, datée 149i, se retrouve dans l’autre fresque,
à Sainte-Marie-des-Anges ; les Saintes Femmes sont à gauche de
celui qui regarde, et à la droite du Christ, à la même place ; les croix
sont plantées de même; les cavaliers pareils font taches aux mêmes
endroits. Seulement Luini a mis dans son œuvre ce qui n’apparte-
nait qu'à lui : la vie profonde, la beauté, la majesté, l’émotion, sa
Madeleine divine, son saint Jean, les épisodes variés et drama-
tiques de ses fonds, et la touche, et le style, et les ligures idéales ; et
l’on chercherait vainement tout cela chez Montorfano, qui donna
la formule, commune d’ailleurs dans les traditions de l’époque, et
reproduite dans cette contrée par la sculpture même et par l'incru-
station sur bois, la tarsia : les églises de Bergame en feraient foi.

A Sainte-Marie-du-Carmel, dans une chapelle de gauche, une
Vierge avec des saints mérite d’être étudiée; elle montre Luini dans
la descendance du Bergognone.

Le premier des personnages qui figure à la gauche et pose un
pied sur la marche du trône, ce page revêtu d’un manteau qui fait des
plis charmants, c’est presque le saint Protais d’Ambroise de Fossano.
Le ciel sait pourquoi l’on a fait intervenir, à propos du Bergognone,
le Pérugin, dans celte autre église de Saint-Simplicien, qui montre
une charmante frise de putti, largement brossés par Luini dans sa
manière décorative.

PIERRE GAUTH1EZ

(La suite prochainement.) i.

i. « Che son ritratti divinamente. » (Vasari, éd. Milanesi, t. IV, p. 33.) Il n’en
reste rien.
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