Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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UNE OEUVRE INCONNUE DE JÉROME BOSCH

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pour pouvoir être attribuées au hasard. Leur composition est pareille
et massée en deux groupes compacts, plus ou moins étagés à droite
et à gauche; on y observe la même diversité de physionomies, les
mêmes types, je dirai presque les mêmes modèles, avec des expres-
sions et des costumes présentant les plus grandes analogies. A signa-
ler, entre autres, un chapeau hlanc d'une forme ronde et plate,
garni d’un voile, qui se retrouve dans les deux compositions.
A remarquer aussi, dans le volet de droite, un guerrier qui, outre
sa ressemblance avec une des figures de YEcce homo, porte une épée
attachée à une rondelle métallique de fantaisie, semblable à celle du
personnage au chapeau blanc du tableau de Gand.

On ne peut admettre ici la main d’un copiste, car celui-ci
n’aurait pas choisi un sujet si en dehors des « diableries » habituelles
du maître sans le signer. Car déjà Guerara mettait en garde les
amateurs de son temps contre « certain élève qui signait ses copies
du nom de Bosch » pour les mieux vendre '.

La Tentation de saint Antoine du musée d’Anvers, signée
Hieronymus Bosch, me paraît être de la main de cet élève indélicat.
Effectivement, en examinant ce tableau de près, on remarque qu’il
ne présente pas les caractères essentiels de la technique du maître.
La couleur générale en est lourde et terne, tandis que les originaux
sont d’une tonalité fine et claire. On n’y voit pas non plus ces
frottis de couleur transparente sur des dessous hlancs que tous les
commentateurs de Bosch, y compris van Mander, ont signalés comme
sa caractéristique, et qu’on retrouve dans YEcce homo de Gand.

Nous avons dit que les œuvres de Jérôme Bosch sont très rares :
le musée du Louvre, si riche en productions de toutes les écoles,
n’en possède aucune, car l’attribution à ce maître de Y Enfer
récemment donné au musée national français par le duc de la Tré-
moïllene peut plus être admise. MM. Benoît et Jean Guiffrey1 2, dans
leurs études si documentées, ont fait justice de cette attribution.

Au musée de Bruxelles, la Chute des anges rebelles, longtemps
citée comme une de ses œuvres principales, a été restituée à
Breughel le vieux, dont on a retrouvé la signature sous le cadre.

Des sept tableaux attribués à Bosch conservés au musée de

1. Commentarios de la Pintura. Madrid, 1787, p. 41-43, et Le Livre des Peintres
de Carel van Mander, trad. et commentaires par It. Hymans. Paris, 1884, p. 174.

2. Un tableau récemment donné an Louvre, par Jean Guiffrey. Paris, 1898; —
Le Panneau de la « Chute des réprouvés », attribué ci Jérôme Bosch, par Camille
Benoît (Chronique des Arts des 15 et 22 avril 1899).

XXI II. — 3e PÉRIODE.

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