Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Madrid, — Philippe II n’en possédait pas moins de seize, dont huit
périrent dans l’incendie du palais du Prado, — M. Woermann1 n’en
accepte que deux comme absolument authentiques.

On sait que Bosch était le peintre préféré de Philippe II, qui
avait fait placer dans la cellule où il mourut un de ses tableaux
représentant Les sept péchés capitaux, avec, au centre, le Christ
dans une gloire et l’inscription Cave, cave, Dominas videt2. L'œuvre
de Gand présente aussi des inscriptions latines en caractères gothi-
ques : Ecce homo Crucifige eu'm) et Salva nos Christe h(oster)
d(omine) piochantes). M. W. Stirling cite un tableau du maître à
Valence, provenant de la chapelle de los Reyes, représentant Le
Christ couronné d’épines et bafoué par les soldats, qui me semble
une réplique ou une copie du tableau de LEscurial, cité plus haut3.

MM. Burckhardt et Wilhem Bode citent un seul Bosch authen-
tique en Italie : une Sainte Famille, au musée de Naples L

M. Bredius5 mentionne à Lisbonne une Tentation, que j’ai pu
voir au palais d’Ajuda.

Le nouveau triptyque du musée de Bruxelles, représentant le
même sujet, quoique alourdi en divers endroits par des repeints, me
paraît pouvoir être attribué à Bosch ; on peut constater, d’ailleurs,
que le saint Antoine du panneau central présente une grande ressem-
blance de physionomie avec un des personnages du tableau de Gand
et parait inspiré par un môme modèle.

Comme on le voit, la découverte d’une œuvre inconnue de
Jérôme Bosch mérite d’être signalée. Ici l’intérêt est plus considé-
rable encore, parce qu’il s’agit d une de ses compositions sérieuses,
si en dehors de sa manière habituelle et dont le panneau central du
triptyque de Vienne semble le seul analogue connu.

Faire connaître ces deux tableaux, c’est rendre, croyons-nous,
service à l’art, en permettant, par la comparaison, de restituer à
Jérôme Bosch d’autres œuvres inconnues ou mal attribuées jusqu’ici.

L MAETERLINCK

1. Le Livre des Peintres de Caret van Mander, trad. et comment, par H. Hymans.

2. Ibid.

3. Aimais of the artist of Spain, t. I, p. 122 ; — Passavant (Die christliche
Kunst in Spanicn) fait également l’éloge de cette création, dont les figures sont
grandeur naturelle ; — Le Livre des Peintres de Caret van Mander, par H. Hymans.

4. Le Cicérone, guide de l’art antique et moderne en Italie, par J. Burckhardt
et W. Bode. Paris, 1892. École néerlandaise du xve siècle, p. 636.

5. Kunstbode. Harlem, 1881.
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