Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

fiantes traditions, un laisser-aller superficiel aux influences des
modes passagères.

J’ai vu, avec plaisir encore, les admirables œuvres critiques
de Baudelaire, de Burger-Thoré, appréciées en France comme elles
ie sont chez nous, et tous les artistes véritables être d’accord sur
ce point, que la beauté d'une exécution parfaitement adéquate au
sujet produit seule la haute œuvre d’art, et que toute immixtion
d’un art à côté n’a lieu qu’aux dépens du caractère, ne produit que
des œuvres bâtardes, de décadence, souvent très intéressantes,
exquises parfois, mais manquant de la pureté primordiale insépa-
rable de toute grande expression d’art.

C’est la certitude qu’en France on comprend encore la signifi-
cation des mots « belle peinture » qui me fait oser écrire les lignes
suivantes à la mémoire d’un peintre extraordinairement doué, dont
l’exécution admirable et toute personnelle est un exemple de cette
probité artistique, de cette belle et franche sincérité qui traduit
tout naturellement un sentiment individuel et pénétrant.

Le 7 août dernier mourait doucement à Carlsbad, après une
courte maladie, Jacob Maris, le peintre le plus complet, le mieux
doué de notre école hollandaise moderne.

Lorsque, après la navrante époque de décadence qui dura depuis
la fin de notre glorieuse école jusque vers 1860, quelques artistes
créèrent une renaissance en Hollande, lorsque Israëls, Bosboom,
Mauve, les frères Maris et Mesdag firent remonter la ligne ondoyante
de l’art à une hauteur qui ne sera plus dépassée dans notre pays en
ces temps-ci, c’est Jacob Maris qui eut, parmi ces maîtres d’expres-
sion très personnelle et différente, le tempérament le plus «peintre ».
Plus que les autres, dont les œuvres se distinguent par des nuances
exquises de sentiment, il fut un descendant direct de maîtres tels
que Rembrandt ou van der Meer de Delft. Ses œuvres, outre le senti-
ment raffiné et bien moderne, sont caractérisées par un coloris puis-
sant, par une exceptionnelle entente des valeurs, par une exécution
de premier ordre; en un mot, et j’insiste sur ce point, par les qua-
lités mêmes qui, à toutes les époques, ont produit en peinture les
plus belles œuvres.

Comme chez tous les très grands artistes, l’art de Jacob Maris
a eu un développement logique, rationnel et successif. Comme chez
Rembrandt, par exemple, ses œuvres de jeunesse sont serrées,
consciencieusement observées ; la nature est suivie de près, et, lente
ment, peu à peu, sa facture se libère d’une exactitude trop servile.
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