Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 23.1900

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

Mais le preste et joli cavalier Louis XIII, par qui M. Frémiet donne
un cadet à son Velâzquez, est plus petit que le Lion amoureux;
de même le Cambronne contradictoire et véhément de M. Récipon.
L’inventaire cependant les mentionne parmi la « sculpture ».
Sculpture encore le haut-relief où M. Embry modela d’une cire sale,
ironique, fiévreuse et macabre, cette allégorie : Paris hospitalier aux
malheureux. Un quai devant la Ville; du fond surgissent, par
esquisses de moins en moins sténographiées, en reliefs croissants,
des toits tumultueux, la horde des fumées déroulées, l’étoffe cla-
quante d’un drapeau. La misère processionne ou s’écroule là, tendant
des bras décharnés, tordant des seins vides, des ventres flasques,
llageolant des jambes cagneuses ; au centre, accroupi avec le gon-
flement d’un crapaud, osseux et stupide, le vice. Sculpture encore,
le fragment en plâtre d’un Calvaire de M. Théodore-Rivière, d’un
mouvement si juste, d’un rythme si douloureux. Mais objets d'art,
les quatre figurines de M. Vallet, entre tous ses disciples, nom-
breux ici, le plus personnel. Par l’antithèse des matières aussi bien
que par la robuste simplicité des attitudes, il atteint l’éloquence
muette de l’humanité orientale. Au bronze il demande l’ampleur
dramatique des draperies, l’austérité des reliefs et l’éveil sombre
des patines ; au vieil ivoire sa tiédeur molle dans les chairs, les
ombres brunes qui nuancent les plis de l’inquiétude, les rides de
l’âge ; des bijoux de fer et d’émail se nouent au bras pendant d’nne
femme dressée froide, les yeux perdus, les lèvres fanées, chapéc
de métal, esclave solennelle. — Ne devant évidemment pas au
bronze doré leur caractère de bustes décoratifs, le Pavot et Y Iris de
M. Bouval le tiennent-ils de l'abstraction, du parallélisme évoqué
des âmes féminines et végétales? Mais pourquoi la sculpture alors
retient-elle la Vague de M. Birot, la Rosée de M. Charles? L'effigie
solide, enveloppée, pittoresque, ingénieuse, franche et fine d’expres-
sion du paysagiste Lbermitte ne prétend pas au rôle décoratif ; mais,
au contraire de son auteur, M. Bioche, M. Roussel le revendique
pour sa Thaïs. Opposerons-nous la frissonnante Espagnole menue
de M. Laporte-Blairsy (sculpture) à la jolie danseuse de M. Manne-
ville (art décoratif)? Si la première ne « sert» à rien, quel besoin
satisfait la seconde ? Ce ne sont que deux gestes de beauté, et sans
doute à ce titre indispensables. Si Dieu avait souri le septième jour,
qui fut celui de l’ennui, « la face du monde eût été changée »...

A quoi bon poursuivre? Il serait trop facile de prouver que le
hasard ou le caprice seuls guident ces déterminations arbitraires, et
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