L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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L'ART.

de pierre et de grain vous souhaitez pour le dessin que vous avez eu l'obligeance de me promettre, ainsi que la qualité du crayon
dont vous vous servez; pour que ces objets soient envoyés chez vous dès demain.

Je désire beaucoup que ce dessin qui me sera très important pût paraître dans mes toutes premières livraisons.

Veuillez recevoir mes empressées salutations, monsieur.

Gava rni.

Jeudi.

Turpin de Crissé fit un premier dessin, puis un second. Selon toute apparence, le premier
fut défectueux, car le 3 décembre 1833, au moment où le journal était sous presse, Gavarni
s'exprime en ces termes :

Voici, monsieur, des épreuves du premier de vos deux dessins. Veuillez avoir l'obligeance de me redonner le titre qui avait
été écrit au crayon sur la pierre et qui a été effacé dans le tirage. Je n'ai pas ici la lettre que vous m'avez fait l'honneur de
m'adresser à ce sujet, l'ayant remise à la personne chargée du texte, et l'imprimeur, que je presse extrêmement, me demande ce
titre.

Demain nous aurons des épreuves du second dessin. Vous pourrez les comparer, alors vous voudrez bien me dire s'il vous
convient que je fasse biffer cette pierre. Celui-ci, toutefois, sera pour notre collection une heureuse acquisition. Veuillez me dire
aussi, monsieur, à quelles conditions il en fera partie et agréer mes empressées salutations.

Gavarni.

Ce 3 Décembre.

Qu'est-ce que cela, biffer un dessin sur une pierre lithographique ! Gavarni connut bien d'autres
déboires. « Sur un bout de papier, écrivent ses biographes, nous retrouvons jetées au vol de la
plume par le malheureux directeur les trente-six infortunes de la publication des premiers numéros :
une pierre brisée, une crue de la Seine qui prive l'imprimeur de papier, deux femmes en couches
chez le brocheur et les Voleurs du désert du célèbre Fouinet égarés chez la plieuse. Le journal
est si mal monté que, sur l'exemplaire qui est là devant nous à l'adresse de la marquise de
Rougé, la suscription est de l'écriture de Gavarni : il a dû faire la bande 1. »

La pierre brisée dont il vient d'être parlé est précisément une lithographie de Turpin de
Crissé. Laissons Gavarni informer l'artiste de cet accident :

Je suis désolé, monsieur, que mes occupations devenues pressantes ne m'aient pas permis d'aller vous voir ces jours-ci ni
même aujourd'hui comme je comptais le faire.

La personne qui vous a demandé de refaire le dessin il Fougo est l'imprimeur, chez qui la première pierre avait été brisée :
M. Benard, imprimeur lithe, rue de l'Abbaye, 4.

J'attendais pour vous faire remettre le prix du premier dessin dont je suis votre débiteur que vous eussiez bien voulu nous
en faire un second et même quelques autres que je comptais d'un jour à l'autre vous demander de nouveau. Nous nous sommes
entendus une fois, monsieur, sur les grandeurs et le genre de faire. Je vous serai donc infiniment obligé de ne pas nous oublier
dans vos dispositions de temps.

Le montant du premier dessin vous sera compté immédiatement ou avec le second à votre choix; il vous suffira, monsieur, de
.me donner un mot d'avis à ce sujet, la somme vous sera portée.

J'aurai certainement sous très peu de jours l'avantage d'aller causer un moment avec vous.

Veuillez recevoir mes plus empressées salutations.

Gavarni.

Certes, on ne peut aborder la question d'argent avec plus de générosité que ne le fait ici
Gavarni. Ne semble-t-il pas que cette lettre soit écrite par quelque commanditaire opulent, heureux
de reconnaître, sans regarder aux honoraires, le mérite de ses rédacteurs? Nous ignorons si Turpin
de Crissé prit la peine d'évaluer ses dessins : il était assez gentilhomme pour s'abstenir de ce
soin, mais à coup sûr il oublia sa créance en face de l'écroulement du journal qui fut un désastre
pour Gavarni.

Jeté dans des embarras de toute nature, obligé de résilier un bail rue Castiglione, n° 5, où il
avait installé ses bureaux, réduit à fuir son propre domicile pour échapper aux poursuites dont il
est menacé, l'ex-directeur du Journal des Gens du monde travaille en courant et d'une main hâtive.
Rien d'achevé ne porte son nom pendant la seconde moitié de l'année 1834. Or, un traité verbal
liait Gavarni à Ricourt, directeur de l'Artiste, dans lequel paraissaient périodiquement des
compositions du dessinateur. Une Ascension au pic de Bergons, étude de costume; i835, autre

t. Gavarni, l'homme et l'œuvre, p. 124.
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