L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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a Barque du Dante fait époque dans l'histoire de l'école.
Gérard, Gros, les deux maîtres écoutés de tous en ce
temps-là, exprimèrent franchement leur sympathie pour le
jetine talent qui se révélait tout à coup et dans une direction
si opposée à la leur. Gros dit : « C'est du Rubens châtié ».
Gérard dit : « Il court sur les toits », mais inspire M. Thiers,
le critique du Constitutionnel, qui le premier affirme l'avenir
du jeune artiste.

Assurément ce début est éclatant, et Delacroix était
déjà bien affranchi des timidités et des disciplines excessives
du temps ; mais visiblement il est sous le joug de son admiration pour Géricault qu'il
avait vu, heure par heure, exécutant le Radeau de la Méduse, dont la Barque rappelle
les colorations. ■— C'est deux ans après, en 1824, par le Massacre de Scio que se révèle
dans toute son originalité le génie de Delacroix. En face de cette scène de terreur
|Wj^^J(P et de désolation si émouvante et si vraie, il est important de constater que le peintre
s'inspirait de lui-même, de sa propre émotion, de son imagination ardente. 11 n'avait
pas vu la Grèce, il n'avait pas assisté à ces combats dont il retraçait la poignante
image avec une vraisemblance que le spectacle de la réalité lui eût enlevée. Nulle de
ses œuvres ne le passionne autant. Il y travaille deux grandes années « et cependant,
nous dit M. Moreau, clans les derniers mois qui précédèrent l'ouverture de l'exposition,
l^lfP (I! Delacroix dut redoubler de travail et d'efforts pour arriver à temps : tantôt il fait avec

Il ^ I l Émilie Robert, son modèle favori, des séances de cinq heures, pour achever le beau

Il ^ silll torse de la femme traînée par le Giaour à la queue de son cheval ; tantôt, mécontent tout

à la fois de la couleur et du dessin de ce cheval, d'abord peint en entier d'inspiration,
il va tout exprès à la poste aux chevaux avec Champmartin, puis au manège avec
Scheffer, demander à la nature cet accent suprême de vérité inutilement cherché
jusque-là. » Et puis, toujours pressé par le temps, il confie à ses amis Fielding et Soulier
le soin d'ébaucher diverses parties du ciel, certains coins de l'horizon qu'il lui faudra
«-IïMj 1 reprendre néanmoins lui-même à la dernière heure. J jj--#<g«,

BreSH 1 ... ifejëii

Au sujet de ce tableau, M. F. Villot, qui a bien connu Delacroix, a signalé, dans
une Revue obscure, un fait capital qu'il est important de rappeler. En cette année 1824,
un Français avait acheté des tableaux du paysagiste anglais John Constable, dans

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1. Voir l'Art, 8' année, tome ii, page 67.

Tome XXIX.

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