L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

Page: 77
DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/art1882_2/0094
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
AUTOGRAPHES INÉDITS D'ARTISTES FRANÇAIS1

III

GAVARNI
(Sulpice-Paul Chevalier, dit)

Illustrations du Journal des Gens du monde.
Procès avec le journal l'Artiste : Turimn de Crissé, Roqueplan, C. Boulanger, arbitres.

Nos lecteurs connaissent le livre de MM. Edmond et Jules de Goncourt, Gavarni, l'homme
et l'œuvre 11 est difficile d'ajouter à la physionomie du spirituel dessinateur après le portrait
pris sur le vif que nous ont laissé de lui les deux critiques. Ils avaient été avec Sainte-Beuve,
Théophile Gautier, Balzac, les habitués du petit salon de la rue Fontaine-Saint-Georges. Notre
génération n'a recueilli que l'écho de ce temps d'aventures, de travail, de conceptions audacieuses,
d'ardente jeunesse. Cependant il nous arrive parfois de retrouver une page déchirée du portefeuille
de ces prodigues, une perle de leur collier.

Tel est aujourd'hui le cas pour Gavarni. Ses biographes nous apprennent que « vers la fin
de 1833, las de mettre ses dessins dans les journaux des.autres, encouragé par l'exemple tentant
de Girardin et de la fortune de la Mode, se sentant derrière lui une clientèle, le public du monde
élégant, Gavarni se risquait à réaliser le projet qu'il caressait depuis longtemps, de « mettre, pour
ainsi dire, ses lithographies et sa copie dans leurs meubles :i ». Ce fut le 6 décembre 1833 que
l'artiste-éditeur publia le premier numéro de son Journal des Gens du monde. Hélas! les tracas
de l'administration, le surcroît de labeur que Gavarni dut s'imposer pour tenir à la fois une
plume, un crayon et le livre d'abonnements, ses courses sans fin à la recherche de capitaux
nécessaires et toujours introuvables laissèrent pressentir, dès le début de l'entreprise, une issue
qui ne se fit pas attendre : le journal cessa de paraître en juillet 1834. Il avait eu dix-neuf
numéros et le passif de l'opération fit peser sur la tète de Gavarni une dette de vingt-quatre
mille francs.

Durant sa courte période le Journal des Gens du monde compta plus d'un collaborateur
éminent. Brizeux, Alfred de Vigny, Roger de Beauvoir signèrent mainte pièce de vers dans le
nouveau recueil, mais Gavarni paraît ne s'être associé que deux artistes pour l'illustration du
journal. Ce sont Delton et Turpin de Crissé. Plusieurs autographes légués par celui-ci au Musée
d'Angers, complément d'un cabinet d'amateur, nous permettent d'observer de plus près la curieuse
figure de Gavarni pendant cette période laborieuse. ■

La fondation du journal est résolue. Turpin de Crissé a promis d'y publier quelques dessins.
Gavarni est dans l'enthousiasme. Quelles attentions n'a-t-il pas pour son collaborateur, naguère
encore inspecteur général du département des Beaux-Arts ! Voici la lettre qu'il lui adresse peu
avant la date du 6 décembre 1833 :

A Monsieur le comte Turpin de Crissé.

Monsieur,

J'ai été retenu ces jours-ci chez moi par un rhume qui ne m'a pas laissé le plaisir d'aller vous renouveler ma demande et
causer avec vous de vos études. Toutefois j'espère le faire avant la fin de la semaine. Veuillez me dire en attendant quel genre

1. Recueillis, annotés et mis au jour par M. Henry Jouin. (Voir l'Art, 6° année, tome II, page 134.)

■1. Paris, Henri Pion, 1873, in-8".

3. Gavarni, l'homme et l'œuvre, p. 122.

Tome XXIX. 1 2
loading ...