L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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ART MUSICAL.

brillante qui jette son éclat sur certaines parties de l'œuvre, une première représentation à l'Opéra
se passe sans grand bruit, chacun se promettant de revenir et remettant à plus tard de se faire
une opinion. Françoise de Rimini, le nouvel ouvrage de M. Ambroisc Thomas, n'a pas de scène
à l'emporte-pièce ; elle n'a pas eu non plus l'appui d'une exécution hors ligne. La principale
interprète, M"e Salla, surhaussée par une réclame sans mesure, très émue d'ailleurs au moment
d'une épreuve si solennelle dans une carrière d'artiste, n'a pas paru au niveau de ce qu'on
attendait. Elle s'est relevée aux représentations suivantes, mais si l'ouvrage résiste et s'installe au
répertoire, ce n'est ni à .Françoise, ni à ceux qui l'entourent qu'il en sera redevable : tout l'honneur
du succès reviendra au compositeur, à son talent dont la puissance semble grandir sans que la
souplesse en soit diminuée, au soin consciencieux qui se révèle dans chaque détail, à l'idéal par
lui entrevu et atteint.

L'idée poétique de Françoise de Rimini est la suivante : Dante, visitant l'Enfer sous la

M. Sel lier M"* Salla

(rôle de Paolo Malatesta, dans Françoise de Rimini). (rôle de Françoise de Rimini, dans Françoise de Rimini).

Dessin d'Eugène Lacoste. Dessin d'Eugène Lacoste.

conduite de Virgile, rencontre deux ombres qu'il interroge. La réponse de celles-ci, au lieu
de se borner à quelques vers comme dans la Divine Comédie, se passe en action sous les yeux du
spectateur. Les amours de Francesca da Polenta avec Paolo Malatesta, amours que les jeunes
gens s'avouent en lisant ensemble l'histoire de Lancelot, se déroulent d'une façon tragique, mais
leur sentiment n'est pas destiné à s'éteindre : le duo interrompu par la mort se continue dans
l'éternité, et, dénouement qui eût bien surpris le théologien Alighieri, leurs âmes pardonnées
montent au ciel.

On a critiqué le prologue, dont les divers tableaux se passent dans l'Enfer, comme faisant
longueur. On a dit que le duo de la lecture eût produit plus d'effet si le spectacle eut commencé
par là. Mais c'est dans ce prologue que gît toute l'unité de l'œuvre; la preuve, c'est qu'au
quatrième acte, au moment où les deux amants succombent à leur passion longtemps combattue,
l'orchestre fait entendre les accords infernaux de la page du début. Quant à la scène du livre,
bien loin d'être déflorée par le prologue, la fraîcheur et la grâce de son inspiration ne peuvent
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