L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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HAMILTON PALACE. 119

C'est dans le Royaume-Uni que son infirmité exerça le plus de ravages; on les trouve consignés,
pour le plus joyeux ébattement de la postérité, dans ses Treasures qf Art in Great Britain,
quatre volumes qui en nécessiteraient au moins un cinquième d'errata.

Ce qui est éminemment réjouissant, c'est que pendant cette trop longue admiration de
l'étranger, les concitoyens de l'auteur étaient les derniers à la partager et ne se faisaient
faute de le poursuivre de leurs plus spirituels et très sanglants lardons. Le Charivari prussien,
par exemple, le Kladeradatsch publia un dessin représentant l'immense vasque qui se voit devant
la façade du Musée de Berlin, et un touriste anglais demandant à un guide quel en était
l'usage : « Ce sont, mylord, les fonts baptis-
maux qui servent au docteur Waagen à
baptiser et débaptiser chaque semaine nos
tableaux ! »

J'ai eu l'occasion d'expérimenter person-
nellement les connaissances picturales de ce
monumental pédant ; je l'ai entendu en pré-
sence de feu Winterhalter qui le croyait de
première force et s'inclinait aveuglément
devant les incessantes variations de cette
doctorale girouette, et en présence d'un col-
lectionneur très connu, très fin et suffisamment
sceptique, je l'ai entendu soutenir mordicus
qu'un Murillo était un Velazquez!!! et trois
semaines plus tard, devant les mêmes témoins,
qu'il fallait être cent fois aveugle pour douter
un seul instant que cette toile fût de Murillo.

Murillo et Velazquez, l'eau et le feu! Et
s'y tromper !

Mais revenons au Edward VI d'Holbein.
Sa conservation est des plus remarquables
pour une œuvre de cette époque; la fente qui
s'est produite dans le panneau n'altère pas
sérieusement cette magistrale peinture que le
Louvre devrait acquérir à tout prix, mais je
crains fort qu'il ne se laisse battre par la
National Portrait Gallery.

X

Edward VI.

Le Moulin à eau d'Hobbema1, merveil- Croquis de E, Rivoalen, d'après Holbein. (Galerie de Hamilton Palace.)
leux d'arrangement, est de la plus savante, de

la plus puissante exécution; la beauté du dessin, la maîtrise de la touche, une conservation
parfaite assurent à cette œuvre d'élite les compétitions les plus acharnées. Je ne crois pas que
l'on ait jamais vu passer en vente publique un Hobbema d'aussi admirable qualité ; il se
paiera une somme folle et ce sera fort bon marché.

A droite, de grands arbres, à travers lesquels on aperçoit des chaumières, ombragent le moulin
dont la roue fait face au spectateur, et dont la nappe d'eau s'étend jusqu'au premier plan. C'est
tout, ce n'est rien, direz-vous, mais il n'en faut pas davantage au génie pour conquérif
l'immortalité.

En étudiant ce paysage si profondément empreint de la rustique et forestière poésie de la

1. Smith, Catalogue raisonne, tome VI, page 156, n° 117.
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