L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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146 L'ART.

l'avouer, en véritable père. Il a pour elle toutes les prévoyances délicates, tous les soins qu'un
amour profond peut seul dicter. Il n'aurait pas pu lui montrer plus de tendresse, si elle eût été
sa propre enfant ; qui sait si elle ne Tétait pas, si des liens secrets ne rattachaient pas son
existence à la sienne ? Elle paraît avoir été pour lui une fille tendre et dévouée. Espérons qu'elle
garda un souvenir fidèle à celui qui avait été le soutien et le protecteur de la fillette qu'il avait
recueillie, qui avait bercé son enfance et assuré son avenir.

Les autres héritiers de Claude paraissent l'avoir oublié assez vite ; ils vendirent jusqu'au
Livre de Vérité, qui, selon les volontés du testateur, devait leur revenir après la mort d'Agnès.
Conformément à ses dernières volontés, ils recouvrirent son tombeau d'une pierre sépulcrale ornée
de l'inscription obligatoire. Mais je crois qu'il y a une inexactitude dans cette inscription. On a
vu qu'ils avaient fait chercher Vannius le 25 novembre pour ouvrir le testament et les codicilles,
et que le notaire trouva dans la première pièce de l'appartement le corps de celui qui venait de
mourir; or « obiit ix kalend. Decembris (c'est-à-dire le 23 novembre) », telle est la date inscrite
sur les murs de la Trinité du Mont.

Sur bien d'autres points encore, le témoignage de ces documents est en opposition directe
avec ce que nous avons, jusqu'ici, pris pour la vérité. Combien de fois, par exemple, ne nous
a-t-on pas dit qu'il n'était pas dans les habitudes du Lorrain de peindre d'après nature ? Nous
trouvons cependant dans le testament des descriptions de tableaux où figurent, à plusieurs
reprises, les phrases « dipinto a paese », ou « dipinto dal vero ». Joachim Sandrart, qui
connaissait beaucoup Claude, affirme, il est vrai, qu'il peignait souvent d'après nature —- tout
comme nos paysagistes d'aujourd'hui ; mais les derniers biographes de Claude ont fait fort peu de
cas de tout ce que le peintre allemand nous a rapporté; ils ont presque mis de l'affectation à
préférer le récit plus soigné et plus élégant de Baldinucci. Je devrais ajouter que ce récit est
aussi moins exact, mais je ne veux pas émettre cette opinion sans la prouver, et cela m'entraînerait
trop loin, car il faudrait entrer dans une discussion minutieuse qui ici pourrait paraître déplacée.
Cette discussion trouvera plus naturellement place dans le travail plus étendu que j'espère
entreprendre un de ces jours. Nous nous sommes beaucoup occupés de Claude en Angleterre,
nous l'avons exalté, nous l'avons déprécié, et il a souffert, peut-être, moins de notre blâme que de
nos admirations. Je voudrais essayer de voir vrai; pour un homme tel que lui, un talent tel que
le sien, rien ne saurait être aussi flatteur que la vérité.

Emilia F. S. Pattison.
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