L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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184 L'ART.

dire à M. Milanesi que ces peintures « étaient depuis longtemps perdues ». On l'a cru jusqu'à
nos jours. Je viens d'avoir l'occasion d'en examiner plusieurs fragments échappés à la destruction,
et l'envie m'a pris d'en fixer le souvenir. J'ai pensé aussi que ce croquis, joint à d'autres, tirés
de la même salle, ne serait pas sans intérêt pour les lecteurs de l'Art. Il est facile de
comprendre l'intérêt qui s'attache à cette reproduction, si l'on songe à la difficulté de voir les
originaux. Je ne songe nullement à en faire retomber la responsabilité sur l'estimable propriétaire,
M. Moguaini, dont j'ai pu apprécier la rare complaisance; je veux parler simplement des obstacles
matériels. Il n'y a pas d'autre moyen d'arriver jusqu'à ces précieux restes que de se glisser entre
la voûte et le plafond ajouté, en marchant sur un léger treillis de lattes qui fléchissent sous les
pieds. C'est aussi en raison de l'importance de ces fragments fraîchement exhumés que j'ai résolu
de ne mettre aucune hâte à cette publication, mais de tout donner à son heure.

Nous avons dit que la décoration de la grande salle avait été exécutie par Signorelli,
Pinturicchio et Genga. Sauf la Pénélope qui appartient au -Pinturicchio, les six fresques sont
généralement attribuées à Signorelli, ce qui restreint la collaboration de Genga à la décoration
de la voûte.

Aujourd'hui il n'y a plus d'hésitation possible, la décoration de cette voûte est certainement
l'œuvre du Pinturicchio et de ses élèves. Mais alors, quelle est la part de Genga? La réponse
est aisée, si l'on veut bien se rappeler que trois fresques seulement portaient la signature de
Signorelli. Or, celles de l'Institut en sont précisément dépourvues. Quelque analogie qu'on y
puisse trouver avec la manière de Luca, il n'y a point là, à mon avis, cette fermeté d'accent
qui caractérise les peinturés du dôme d'Orvieto et qui mérita l'admiration du grand Michel-Ange.
L'exécution est soignée, d'une finesse admirable, mais ce ne sont point les procédés d'un
vieillard de soixante-huit ans (Signorelli les avait en i5og). Tout indique, au contraire, l'effort
d'un jeune artiste, soucieux d'égaler les maîtres. Genga avait précisément trente-trois ans, et fut,
suivant l'expression de Vasari, « un des meilleurs élèves de Luca ».

Puisque j'ai commencé à faire des suppositions, je veux présenter mes doutes à l'égard de
cette fresque qui, parmi les quatre vendues à M. Joly, est la seule qui ne portait aucune
signature. Comment imaginer que Luca, après avoir signé ces trois peintures, ait laissé la
quatrième sans signature? Il est plus rationnel d'attribuer ce dernier à l'élève, qui fait acte de
modestie en gardant l'anonyme. Pour ma part, je vais jusqu'à lui en laisser la conception; car,
si nous considérons son Rachat de prisonniers, dessin à la plume, conservé au musée Wicar,
à Lille, nous y retrouvons les mêmes qualités qui caractérisent la manière de Luca, sans toutefois
qu'on puisse y reconnaître la main du maître.

Certes, Girolomo Genga était un artiste de valeur : Vasari nous l'affirme. 11 nous apprend
même que Pandolfo le retint auprès de sa personne « des mois et des années, et que l'artiste
laissa à son protecteur des œuvres d'un dessin si pur et d'un coloris si agréable, qu'elles lui
gagnèrent l'admiration de tous les Siennois, et, en, particulier, dudit Pandolfo, lequel lui prodigua
depuis ses bonnes grâces ». A la mort de Petrucci, Girolamo se rendit à Urbin, sa ville natale.
Le duc Guidobaldo lui confia l'exécution de quelques décorations scéniques. Il était versé dans la
perspective comme en tout ce qui concerne l'architecture, et s'acquitta de sa tâche le mieux du
monde. Ses talents comme peintre, sculpteur et architecte le rendirent, plus tard, utile à
Francesco Maria, successeur de Guidobaldo, qui les mit également à profit. Rien ne lui fut
étranger. Il modela pour des vases d'argent de remarquables maquettes en cire, et, qui plus est,
fit de la musique avec assez de succès.

Telle est, en peu de mots, l'histoire de ce Palais du Magnifique, aujourd'hui dépouillé de
toutes merveilles et qui n'offre plus à l'admiration qu'une façade intacte et les admirables porte-
flambeau en bronze demeurés en place par je ne sais quel miracle. Quels regrets n'éveillent pas
en nous ces précieux restes, dont l'aspect désolé fait rêver à tant de trésors perdus !

A. Franchi.
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