L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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L'ART.

cet art oriental ne put modifier le caractère propre de l'art
autrichien. Si l'on regarde du côté de la France, on constate
au contraire des relations artistiques et scientifiques non inter-
rompues avec nos contrées. C'est ainsi qu'on recopie encore
avant la fin du xii0 siècle pour la bibliothèque de Saint-Florian,
et qu'on y utilise les ouvrages de Hugo de Saint-Victor, qui
mourut à Paris en 1141, et les ouvrages d'Honorius d'Autun,
qui avait vécu un peu plus tôt.

A ce propos, je citerai les savants travaux de M. Albin
Czerny sur l'histoire de l'abbaye de Saint-Florian. Il pense lui
aussi que les trois évêques Gebhart, Adalbert et Altmann
« firent beaucoup pour répandre en Autriche les ouvrages
scientifiques parus en France. C'est un fait avéré, ajoute-t-il,
que déjà au xii° siècle Paris exerçait un ascendant intellectuel
sur l'Autriche. »

On voit à cette époque des bénédictins français pratiquer
leur apostolat artistique jusqu'en Hongrie. Un fait le prouve
de toute évidence : ce sont les analogies frappantes qu'on
remarque entre la cathédrale de FLinfkirchen et celle de Dijon,
analogie que le savant D1' Henzelmann a démontrées d'une
manière indiscutable.

Plus tard on cite encore le prince Conrad, fils de saint
Léopold, et son frère Ochon Frisingensis comme ayant fait
leurs études à Paris. Ce dernier, gagné par les moines de
Morimont, y entra même dans les ordres et il fut plus tard un
très utile auxiliaire de sa confrérie, en obtenant de son père
que l'ordre des Cisterciens pût venir s'établir en Autriche. Aussi
voit-on, dès l'année 1184, douze moines français venir s'ins-
taller dans la vallée de Sattelbach et y commencer l'édifi-
cation d'une église qui dix années plus tard devait être achevée
et devenir une des perles de l'art roman en Autriche. C'était
de plus une œuvre nouvelle pour nous. Il est vrai qu'une
partie seulement de l'édifice doit être attribuée à ces étrangers
et j'ajouterai que ce qui reste aujourd'hui de cette construc-
tion romane ne concorde pas entièrement avec le type adopté
par la maison-mère de Cîteaux. Mais l'ensemble de cette
église avec sa tour surmontant le centre de l'édifice et l'orne-
mentation du temple rappellent incontestablement les monu-

ments religieux du midi de la France, où l'on remarque
d'ailleurs, — par exemple dans les églises de Longpont et de
Foigny, —• une déviation assez notable et progressive du tvpe
sévère adopté primitivement par l'ordre, tout comme dans les
monuments que les Cisterciens ont élevés en Autriche.

Des comparaisons qui ont été faites entre les grisailles de
Heiligenkreuz et celles que possèdent plusieurs églises de
France ont démontré que ces grisailles ont dû être exécutées
« soit par des artistes français, soit par des moines autrichiens
ayant étudié en France ou en ayant reçu des modèles »

De tous ces faits isolés il n'y a qu'une conclusion à tirer
pour l'histoire générale de l'art en Autriche, et la voici : c'est
que c'est à la France principalement que nous devons nos
premières manifestations artistiques, les moines-artistes de
cette époque ayant pour la plupart reçu leur éducation en
France et aucun des autres pays avec lesquels l'Autriche était
alors en relations n'ayant pu leur offrir les modèles qu'ils ont
imités.

La belle église de la vallée de Sattelbach ne fut pas long-
temps sans être imitée, à Lilienfeld, à Zwettl, même à Hradist,
au fond de la Moravie.

Avant de parler de cette construction j'aurais dû parler
de l'abbaye de Klosterneuburg qui fut achevée bien plus tôt.
Mais l'exemple de l'église de Sattelbach m'a paru plus con-
cluant pour montrer la portée et le caractère de l'influence
française. Elle fut non seulement entreprise et construite par
des étrangers, mais encore achevée et enrichie par eux de
peintures sur verre.

L'art français doit avoir, du reste, influé également sur la
construction de Klosterneuburg. Le même Othon Frisingensis,
qui fut le second prévôt de cette abbaye, vint en visiter,
en 11 24, l'église au moment où elle sortait à peine de terre,
et c'était précisément après avoir séjourné à Paris depuis 1122.

D'' Ilg,

Sous-Directeur de la Collection Impériale et Royale
d'Aulriche-Hongrie.

[La fin prochainement. )

Le Directeur-Gérant : EUGÈNE VÉRON.

C.UL-DE-I.AUPE

tiré de 1' « Orthographia » de Joh. Daniel Preislcr.
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