L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 1)

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ar oubli ou faute d'informations,
Vasari a laissé de côté plusieurs des
peintures de Mantegna qui sont l'or-
nement d'un certain nombre de gale-
ries publiques et particulières. Il faut
d'abord remarquer que des critiques
trop zélés ont attribué au peintre
padouan des tableaux que bien cer-
tainement il n'a pu exécuter. Il est
donc de toute nécessité que les con-
naisseurs examinent avec un soin par-
ticulier l'œuvre de Mantegna, pour empêcher les dis-
putes de se multiplier indéfiniment.

C'était un étrange tempérament d'artiste que celui de
Mantegna !

Sec et dur dans ses premières œuvres, anguleux et
monotone comme tous les disciples du Squarcione, Man-
tegna se mit à étudier avec une attention soutenue les
marbres anciens et les bronzes de Donatello. Plus tard,
enivré de l'éclat des Bellini (qui formèrent à Venise les
gloires les plus pures de la Renaissance classique), il
abandonne en partie la technique ancienne et se livre à
l'étude des réalités, que son dessin correct, mais un peu
dur et anguleux, ne lui permet pas d'atténuer autant qu'on
aurait pu le désirer. Vasari 1 lui reproche d'être « un peu
coupant et de faire plus semblable parfois à la pierre qu'a
la chair vivante ».

Il est prouvé enfin que les personnes qui se sont occu-
pées de la vie et des œuvres du grand Padouan lui attri-
buent très souvent des peintures qui, tout en rappelant
peu ou prou quelqu'une de ses différentes manières, sont
reconnues, pourtant, pour des œuvres de ses imitateurs ou
de ses condisciples. Car personne n'ignore que l'école du

i- Les Œuvres de Georges Vasari, nouvellement commentées
par G. Milanesi, tome 111, page 3qo : « Un pochetto tagliente e chc
tira talvolta piu alla pietra che alla carne viva ».

Squarcione, ainsi que celle des Bellini à Venise, a été très
nombreuse.

On a fait de nombreux travaux sur Mantegna, mais il
me semble cependant qu'une étude savante et sérieuse,
telle que la mériterait notre peintre, reste encore à faire
aux yeux de ceux qui apprécient dans Mantegna les qua-
lités robustes et personnelles que Mengs 1 même ne put
obscurcir lorsqu'il jugea Mantegna avec une excessive
sévérité.

Les biographes de Mantegna ont répété à peu près tout
ce qu'ont écrit sur lui Vasari d'abord, ensuite Ridolfi.
Tout au plus, de temps en temps, a-t-on publié quelques
documents, mais le peintre padouan n'a pas encore été
mis à la place où, selon moi, il conviendrait qu'il fût
élevé. Et Dieu sait combien de temps encore Mantegna
devra rester à la merci de tant de gens qui prétendent
connaître les peintres parce qu'ils les étudient dans les
archives et non sur leurs peintures ! Car c'est surtout en
Italie que domine cette critique pédante et insuffisante qui
s'enivre de documents et qui méconnaît trop souvent la
valeur des œuvres.

Mais revenons ù notre sujet.

Les biographes ont donc unanimement proclamé que
Mantegna est un dessinateur incomparable, impeccable
dans la perspective, quoiqu'un peu faible dans l'anatomie 2
— et nous devons ici faire observer que l'anatomie n'a
commencé ù être connue qu'au temps de Mantegna —
très habile à rendre les extrémités, mais dont la vigueur
manquait de grâce.

Cependant, parmi les mérites qu'on a observés le plus
généralement dans la peinture de Mantegna, on ne cite pas
toujours le travail des détails, qui défie toute imitation.

i. Mengs, Opère.

i. Mantegna a été, comme on se le rappellera facilement, con-
temporain d'Antoine de Pollaiolo, lequel fut un des premiers artistes
qui étudièrent 1 anatomie sur les cadavres. (Vasari.)
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