L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 1)

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Vignette d'Édelinck, d'après Watelé, pour l'ouvrage intitule : Joannis Comirii e Societate Jesu Canninum, etc.

GÉRARD ÉDELINCK

EPUis que la photographie et les perfectionnements continus des
procédés qui en dérivent ont, en matière de reproduction pittoresque,
popularisé le goût ou le besoin de l'effigie pure, de l'exactitude
mécanique, fatale, pour ainsi parler, qui de nous n'a entendu dire,
qui n'entend répéter chaque jour que la gravure n'est plus qu'un
art suranné, un souvenir du passé sans écho dans le présent, un
témoignage désormais inutile de traditions et de coutumes anéanties
par le progrès? Comment se fait-il pourtant que les anciens produits
de cet art si définitivement abrogé, à ce que l'on prétend, soient
maintenant plus recherchés qu'ils ne l'ont été à aucune époque? D'où vient qu'on se les dispute
dans les ventes publiques avec une passion que nos pères ne connaissaient pas, qu'en un mot,
par le temps qui court de confiance dans l'autorité du fait brut et de la vérité toute matérielle,
on montre tant d'empressement à posséder des oeuvres résultant en réalité d'un travail d'inter-
prétation et nécessairement subordonnées par cela même à l'intelligence ou au sentiment de ceux
qui les ont faites ?

Il y a là en apparence une singulière contradiction : au fond, tout se concilie et s'explique.
Qui sait même? Peut-être, aux yeux des partisans les plus déclarés de la photographie appliquée
à la reproduction de modèles d'un certain ordre, la stricte mais inerte véracité inhérente à ce
mode de fabrication a-t-elle pour effet d'en démontrer l'insuffisance au point de vue esthétique
et de faire ressortir d'autant mieux les conditions privilégiées, les secrets avantages de l'art
proprement dit ; peut-être ceux qui célèbrent le plus volontiers les bienfaits de la découverte due
à Niepce et à Daguerre sentent-ils instinctivement qu'elle ne saurait satisfaire à tout, et que, si
féconde qu'ils la jugent et qu'elle soit effectivement dans le pur domaine des faits, ils doivent,
pour ce qui tient à l'expression d'un idéal quelconque, chercher à se pourvoir, sinon à se dédom-
mager ailleurs. De là, malgré les préjugés de l'opinion contre la gravure et les graveurs
contemporains, malgré ses faveurs irréfléchies, dans bien des cas, pour les produits de l'industrie
mécanique, l'intérêt qu'inspirent les estampes des maîtres appartenant à tous les siècles et à tous
les pays : depuis les planches publiées à une époque voisine de la période des Incunables jusqu'à
celles qui ont paru sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, depuis les œuvres sévèrement
éloquentes de Martin Schongauer ou de Mantegna jusqu'aux œuvres spirituellement disertes des
graveurs de Watteau ou de Boucher, de Gabriel de Saint-Aubin ou de Moreau.

Ceux qui attachent un si haut prix à la possession de pareilles pièces les recherchent-ils
simplement à titre de curiosités ? N'entendent-ils les recueillir que parce qu'elles marquent la
différence entre les mœurs du temps où elles ont paru et les nôtres, et que, comme les sabliers
ou les fusils à rouet comparés à nos chronomètres ou à nos armes modernes, elles démontrent
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