L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 1)

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LES COLLECTIONS DE LAURENT-RICHARD

es collections de tableaux anciens et
modernes, les suites de tapisseries, de
bustes, de statues en marbre, de groupes
en bronze, dépendant de la succession
f de feu Laurent-Richard, vont être expo-
sées et vendues, dans quelques jours
(du 26 au 29 mai), dans la galerie de

a\X la rue de Sèze.
"ihl # Cet élégant et vaste local — où se

%" ' sont livrés déjà de si sérieux engage-
ments d'enchères — a été choisi à cette
fin que les séries se présentent d'ensemble et chacune à
son avantage, et qu'elles y soient prisées tout à l'aise. On
ne peut mieux réunir les conditions de l'espace et de la
lumière. Cette attention sera encore particulièrement appré-
ciée si le soleil nous continue ses rayons brûlants.

Mais, si heureux que soit ce cadre, nous n'en engageons
pas moins les vrais amateurs à se munir d'un billet, chez le
notaire de la famille, pour voir ces séries très variées, en
place, à Neuilly, dans la maison de campagne qu'elles ornent encore. Laurent-Richard voulait
aussi attrayante que possible cette retraite à la porte du Bois, où ne lui arrivaient plus qu'en
un roulement lointain les bruits de Paris. Elle s'élève, solide dans sa simplicité cossue, au milieu
d'un parc planté des essences les plus rares et les plus décoratives. A l'intérieur, rien n'a été
oublié pour compléter le confort par les charmes de l'art.

C'est au bout d'une pelouse qu'arrose une rivière anglaise, adossé au pied d'un « rocher », —
le rocher historique du Temple, démonté blocs à blocs lors de la démolition de la prison royale,
— que je m'essaye à classer mes notes sur ce que j'ai si souvent vu clans cette maison hospitalière
sans banalité. La figure de son vieux maître se dégage peu à peu, plus nette qu'en son vivant,
où le soin des affaires, mêlé à une infirmité entravant souvent sa rude activité, le laissait parfois
fatigué et colère contre lui-même. De l'ensemble de ses collections distribuées dans les appar-
tements muets, je surprends mieux son sourire d'orgueil, son regard pénétrant, quand il nous
conduisait devant sa dernière acquisition, traînant la jambe, la main sur sa canne ; le panneau
d'appartement devant lequel il nous arrêtait à la bonne distance était enfin complété ! Son
intelligente patience, sa décision si nette, lui avaient enfin livré le tableau de maître, qui, par
ses qualités de couleur et de composition, par sa nationalité, faisait valoir les maîtres qui l'avaient
précédé tout autour et se trouvait lui-même rehaussé ! Il en étudiait l'effet sur vos sens, vos
souvenirs ou vos partis pris. Bien fin qui lui eût caché son sentiment vrai... Il parlait peu, en
connaisseur sincère et modeste. On pouvait lui appliquer ce qu'un expert du xvme siècle, Pierre
Rémy, écrivait de Gaignat, le célèbre curieux : « ... Il connoissoit fort bien le prix de ses
différentes richesses, qu'on ne peut rassembler qu'en la capitale d'un grand royaume. »

Presque tout ce dont nous allons parler (M. Féral et M. Mannheim en dressent et annotent
le catalogue, qui sera commenté par des eaux-fortes et des héliogravures) — presque tout,
notamment des Hollandais et des Flamands hors ligne, a passé par des ventes célèbres en
ce siècle.

Dans le grand salon, sur un haut chevalet, étaient exposés les deux Debucourt — ils passent
pour ses chefs-d'œuvre, et l'un d'eux parut à la vente Papin — le Juge ou la Cruche cassée et
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