L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 1)

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270 L'ART

eulier; mon but, en rendant compte du Salon, est de donner une impression générale de laquelle
il soit possible au lecteur de tirer, suivant ses vues et ses tendances, une conclusion sur F état
actuel de notre architecture. Assurément, s'il me suit, son jugement ne sera pas favorable ; peut-
être me trouvera-t-on bien sévère. J'ai cependant conscience de n'avoir dit que la vérité et d'être
resté en dehors de tout esprit de coterie, et n'ai été guidé que par les craintes qu'inspire l'état
de choses actuel à tous ceux qui se préoccupent de l'art, dont l'infériorité par rapport au passé
s'affirme chaque jour davantage.

A. de Baudot.

LA SITUATION DU MUSÉE DE COLOGNE'

(fin)

V

n citant les principaux tableaux italiens du Musée de Francfort,
nous avons volontairement omis le splendide tableau d'autel, chef-
d'œuvre du Moretto, acquis pour 38,900 florins à la vente de la
galerie du cardinal Fesch. C'est peut-être l'œuvre maîtresse par
excellence de l'Institut Stœdel ; songer à le mettre en parallèle avec
les Italiens frelatés de Cologne eût été dérisoire.

Si l'Ecole italienne compte au Musée Stcedel autant de brillants
représentants qu'elle en montre de médiocres au Musée Wallraf-
Richartz, la comparaison continue à être tout à l'avantage de
Francfort lorsqu'on aborde les Écoles flamande et hollandaise.

Tandis qu'à Cologne, on en est réduit à tenter vainement de
faire reprendre aux vendeurs le faux Adriaan van Ostade, dont nous
avons narré la lamentable odyssée2, et l'Albert Cuyp qui, s'il n'est
pas de contrebande, est en revanche un fort piètre péché de jeunesse
que dédaignerait n'importe quelle galerie qui se respecte, le Musée de Francfort s'est sans cesse
enrichi d'oeuvres de grand mérite des deux écoles; et cette fois encore c'est au sérieux savoir et
au goût éclairé de M. Kohlbacher qu'est due l'acquisition de la plupart des morceaux d'élite; il
n'en a pas procuré moins de soixante à soixante-dix.

Ce que l'on avait osé décorer à Cologne du nom illustre d'Adriaan van Ostade est un horrible
fumeur tenant de la main droite une pipe et de la gauche un pot d'étain, peinture vulgaire,
commune à l'excès, affreuse d'un bout à l'autre, datée de 164g et décorée d'une fausse signature,
qui a néanmoins l'air d'être ce qu'il y a de plus vrai clans cette abominable croûte ! On a payé
ce barbouillage de rebut 5,000 marks, tandis qu'à Francfort, en 1872, pour la bagatelle de
t,5oo florins, on s'est enrichi d'une perle du maître, signée en toutes lettres et datée de 1656.

Cuyp manquait à Cologne. S'il est un maître qu'on ne se donne qu'en toute première
qualité, c'est bien celui-là ; ses débuts ne comptent pas ; tout homme de goût s'abstiendra de
toucher aux bégaiements de cette époque. C'est sans doute pour cela qu'on s'est affublé au Musée
Wallraf-Richartz d'un méchant Repos de chasse, qui sent le tâtonnement à chaque coup de
pinceau, œuvre hésitante d'un jeune homme qui cherche sa voie et groupe tant bien que mal
trois chasseurs, un valet de chasse, une noble dame montée sur un cheval gris pommelé dont
l'arrière-train est absent et deux chiens qui ne sont que trop présents, ensemble pénible et
absolument indigne de ce que devait devenir le peintre prestigieux de Dordrecht.

1. Voir l'Art, n* année, tome If, pages 55, 114 et 23g.

2. Voir l'Art, 11" année, tome II, pages 115 et 239.
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