L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 1)

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72 L'ART.

peinture, tout en n'en rendant forcément que par analogie les tons et les nuances, tout en n'usant
que du blanc et du noir pour simuler les variétés infinies du coloris; et cependant, Edelinck
n'entend nullement donner le change sur l'étendue du rôle qui lui est assigné et sur la fonction
qu'il exerce. Il ne vise pas plus à tromper le regard par ses ruses qu'il ne se compromet ou ne
se désavoue lui-même par d'ambitieux essais d'émancipation ; il ne veut, en un mot, être et se
montrer que graveur, et même un graveur si exactement fidèle à sa tâche, si scrupuleux dans
la pratique du métier, qu'il s'interdit jusqu'à ces mélanges de procédés, d'ailleurs fort légitimes,
auxquels Gérard Audran et d'autres maîtres ont habituellement recours. Même pour la préparation
de ses planches, Edelinck ne se sert jamais de la pointe et de l'eau-forte : c'est avec le burin
seul qu'il attaque le cuivre tout d'abord, c'est avec le burin qu'il poursuit son travail et qu'il
l'achève.

Est-il besoin au surplus d'insister sur ces particularités toutes techniques? Le mérite principal
et la véritable originalité du maître ne sont pas là. L'une et l'autre consistent dans la réunion
chez lui des qualités que les meilleurs graveurs des divers pays et des diverses époques n'ont
possédées chacun qu'isolément, dans ce triple talent dont il a fait preuve en toute occasion et en
face des modèles les plus variés, de fin dessinateur, de coloriste puissant et de praticien aussi
sobre qu'habile. Les œuvres d'Édelinck satisfont excellemment à toutes les conditions de la
gravure : il n'y aura donc que stricte justice à considérer celui qui les a faites, sinon comme le
premier, au moins comme le plus harmonieusement organisé et le plus complet des graveurs.

Vtc Henri Delaborde,

Secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux - Arts,
Conservateur honoraire du Département des Estampes à la Bibliothèque nationale.

UN ARTISTE ALSACIEN AU XVe SIÈCLE : ÉTUDES SUR MARTIN SCHOEN

LES DESSINS DU MUSÉE DE BAIE

Les tableaux et les dessins de Martin Schongauer ne
sont pas signés, et la présence du monogramme M. -+- S.
sur les gravures seules a semblé à bon droit si surpre-
nante qu'un érudit allemand, M. Hagen1, a proposé de le
traduire, non par Martin Schongauer, mais par Martin
Stecher (graveur sur cuivre), la lettre S paraissant avoir eu
dans diverses occasions une signification analogue.
D'autres sont allés plus loin et ont soutenu une thèse
insoutenable, à savoir que le graveur M. -f- S. et le peintre
Schongauer étaient deux personnages différents2.

A cette première difficulté vient s'en ajouter une seconde,
non moins sérieuse : peu d'artistes ont compté autant
d'imitateurs que le chef de l'école de Colmar. Israël de
Meckenen, Wenceslas d'Olmutz, Urs Graf et une infinité
d'autres, dont Emile Galichon a dressé la liste dans son
excellent travail sur notre maître, ont copié ou contrefait
ses gravures. Un miniaturiste de la fin du xve siècle en a
reproduit un certain nombre dans le fort beau « Graduale »,
conservé à la Bibliothèque impériale de Vienne (n° 47. E. S.).
L'estampe représentant le Baptême du Christ a fourni le
modèle d'une tapisserie, qui se trouve aujourd'hui encore
en Alsace, à Mulhouse. Celle qui a pour sujet le Couron-
nement de la Vierge a été imitée dans une sculpture en
bois delà chapelle des Empereurs, a Nuremberg3. Une
autre sculpture sur bois de la collection d'Ambras est

1. Archives des arts du dessin, de Naumann, tome vi. 1860,
page 4.

2. Quandt, Enhvurf çu einer Geschichte der Kupferstcherkunst,
page 19.

3. Rettberg, Nûrnbergs Kunstleben, page 147.

inspirée de la Fuite en Egypte*. Michel-Ange lui-
même, ainsi que Condivi nous l'apprend, a fait à la Ten-
tation de saint Antoine^ du graveur colmarien l'honneur
de la copier à l'huile 3. Raphaël et Fra Bartolommeo ne lui
ont pas ménagé davantage les marques de leur admira-
tion. Bref, des centaines de productions ont été exécutées
dans la manière ou d'après les modèles du vieux maître
alsacien et ont usurpé son nom dans les principaux Musées
de l'Europe : à Vienne, à Munich, à Nuremberg, à Bàle,
aussi bien qu'à Naplcs, à Paris ou à Londres.

Pour les tableaux, quelques éléments de certitude vien-
nent à la vérité au secours de la critique. Une tradition
constante, une présence non interrompue dans la ville
même habitée par Schongauer, permettent de lui attribuer
sans hésitation la Vierge au buisson de roses, de l'église
Saint-Martin. La similitude du style nous fera en outre
accepter comme œuvres originales les deux volets du
Musée de Colmar, qui représentent : l'un, Saint Antoine;
l'autre, la Vierge adorant l'Enfant Jésus (nos 1 32, 134 du

1. Bergmann, Ubersicht der K. K. Ambraser Sammlung;\iennc,
1878, page 3i.

2. Cette peinture, s'il faut en croire Bianconi et Giordani,
existerait encore. Voir Gualandi, Memorie originali italiane risguar-
danti le belle arti, première série, Bologne, 1840, page7i et suivantes ;
et la Tenta^ione di S.Antonio dipinta da Michclangelo Buonarroti ;
Bologne, 1877.

3. Parmi les attributions les plus étranges, il faut citer celles de
M. le D'' Alfred de Wurzbach (Martin Schongauer; Vienne, 1880).
Ses hypothèses ont été réduites à leur juste valeur par M. Lûbke
dans la Galette d'Augsbourg (supplément du 4 juin 1880,) par M. le
D1' Scheibler et par M. de Seidlifz, dans le Repcrtorimn de M. Janit-
schek. (1884, tome VII.)
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