L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 1)

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UN PORTRAIT DE LÉONARD DE VINCI.

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gandée et la molle lourdeur de leur feuillage, les arbres demeurent indécis dans leur structure.
Il semble que le peintre soit resté indifférent en face de la nature, qu'il ne l'ait pas consultée
avec cette conscience et cette émotion que Ruisdael mettait dans ses études et dont on voudrait
trouver plus profondément la marque chez celui dont on a prétendu faire son émule.

Cette monotonie, cette uniformité de facture, cette insignifiance trop fréquente des motifs
que nous relevons dans les œuvres d'Hobbema suffiraient à nous donner une idée assez médiocre
de son intelligence, si d'autre part nous ne trouvions une nouvelle preuve du peu de distinction
de ses goûts dans ce mariage contracté par lui avec une servante, son aînée de quatre ans, et
aussi dans rattachement très modéré qu'il devait professer pour son art, puisque nous le voyons
rechercher une position qui, en l'absorbant de plus en plus, allait le détourner peu à peu de la
peinture. En pensant à la vogue excessive dont jouit Hobbema, on se sent donc porté à réagir
contre la vivacité de cet engouement, à croire que dans cette réhabilitation d'ailleurs légitime
d'un talent très réel on a quelque peu dépassé la mesure, à protester surtout contre ces admi-
rations irréfléchies qui n'allaient à rien moins qu'à l'égaler à Ruisdael ou même à proclamer sa
supériorité.

Emile Michel.

(La fin prochainement.)

CONJECTURES SUR L'ORIGINAL

d'un

PORTRAIT DE LÉONARD DE VINCI

a bibliothèque Ambrosienne, qui conserve tant de souvenirs du
grand Léonard, est certainement une des collections les plus pauvres
en dessins authentiques du maître. Sur les nombreuses esquisses à la
sanguine, à la mine d'argent, au crayon d'Italie, à la plume, qu'elle
expose sous ce nom glorieux, cinq ou six à peine — ayons le courage
de le proclamer ■—■ peuvent revendiquer une origine si illustre. Les
autres sont l'œuvre de copistes ou de faussaires qui se sont ingéniés
avec plus ou moins de conscience ou de talent à copier ou à imiter
le fondateur de l'école milanaise. La même observation s'applique au
fameux recueil de dessins du Père Resta, également conservé à F Ambrosienne ; je doute que l'on
y découvre plus d'une demi-douzaine d'originaux, et encore, en disant une demi-douzaine, je fais
les choses largement. Le reste se compose de pastiches grossiers, exécutés, à ce qu'il semble, à la
fin du xvne ou au commencement du xvme siècle, d'après les principaux maîtres de la Renaissance.

L'étude de l'œuvre dessiné de Léonard est si peu avancée encore que mon assertion
rencontrera, de prime abord, plus d'un incrédule. Mais je suis persuadé qu'après mûr examen
les critiques compétents et indépendants me donneront raison.

En parcourant à nouveau, l'année dernière, les salles où sont exposés les dessins de Léonard,
je tombai en arrêt devant un superbe portrait à la sanguine, représentant un vieillard, aux traits
énergiques, à l'expression railleuse et bourrue. Ce qui me frappait dans ce morceau, dont je
n'hésite pas à faire honneur au maître, quoique le dessin de l'oreille prête à la critique, ce
n'était pas seulement la vigueur et la souplesse de la facture, c'était encore je ne sais quel air
de famille, quelle ressemblance avec un personnage que j'avais rencontré ailleurs ; j'avais affaire
à une vieille connaissance ; mais si les traits m'étaient bien familiers, le nom, le souvenir de
l'endroit où je m'étais trouvé avec lui pour la première fois, m'échappaient encore.
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