Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

On voit, en effet, le globe du monde suspendu sur un grand arbre,
qu'un ange, représentant l'Ire divin, attaque au pied à grands coups de
hache, malgré les supplications d'Eglise, d'Oraison et d'Abstinence,
tandis que Fol amour embrasse Jonesse, que Vanité peigne sa longue
chevelure, que Friandise et Apelit desordons sont à table, et qu'au
fond Convoitise, derrière un sac d'écus, renvoie rudement le Mendiant.

Le sujet de la seconde est indiqué par cet autre quatrain :

Par Vanyte et aultres souldars
Est pourmené le Monde follement.
Mais rencontres est de piques et dars
De Humilité qui le assault vaillament.

Ici le combat se complique d'un souvenir des Triomphes de Pétrarque,
qui exercèrent une si grande influence sur l'art des commencements de
la Renaissance, tant en Italie qu'en France.

En effet le Monde, qu'on représente déjà par une sphère, est posé sur
les genoux d'une jeune fille qui est une personnification charmante de
la Vanité, assise sur un char traîné par des chevaux. Ses « souldars »,
Jactance, Fol amour et Jonesse, l'accompagnent. Mais Amour divin
saisit les chevaux à la bride et les détourne de la route facile qu'ils sui-
vaient, tandis qu'Humylité a attaqué Jactance, et que Dévotion a percé
d'une flèche Fol amour et Jonesse, qui marchent toujours de compagnie.
Dans le fond Chasteté « se combat à Ipocrisie », comme disent les chan-
sons de geste.

Chacune de ces compositions remarquables est limitée par deux
colonnes, et entourée par une étroite bordure de fleurs et d'oiseaux.

M. de Farcy possède encore une tapisserie du x\ ie siècle, d'un tissu
un peu grossier, mais très-intéressante pour l'histoire du costume. Elle
se compose de trois bandes, une large entre deux plus étroites, divisées
en compartiments où sont représentées plusieurs scènes de la légende
de saint Guillaume. Deux vers français, léonins le plus souvent et d'une
étrange prosodie, expliquent chaque sujet.

M. le chanoine Van Drivai, qui habite Arras, attribue à la fabrique de
cette ville plusieurs tapisseries du xvne siècle, possédées tant par lui que
par la cathédrale et le musée.

Ces dernières, au nombre de trois, représentent un sujet tout local,
qui est la légende de la sainte Chandelle; mais elles ne font guère hon-
neur aux ateliers d'Arras qui pouvaient subsister encore : le dessin en est
aussi barbare que le tissu est grossier. En un mot, elles sont fort laides.
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