Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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ÉMILE

GALICHON

C'est toujours un grand sujet de deuil pour tous les honnêtes gens
que la mort prématurée d'un galant homme, d'un homme de bien; mais
celui dont nous déplorons aujourd'hui la perte était quelque chose de
plus encore, parce qu'il avait su élever les vertus privées à la hauteur
des vertus publiques. Par son action dans la presse, par la direction
qu'il a donnée pendant dix ans à ce recueil et qui n'a pas été sans
influence sur l'art contemporain, Emile Galichon a mérité non-seulement
les larmes de ses amis et de ses proches, mais les profonds regrets de
ces amateurs éclairés et délicats, dont il a contribué plus que personne
à augmenter le nombre et dont il a été lui-même un type des plus fins.

Emile Galichon n'était pas de ceux qui, arrivés subitement à la for-
tune, se passent un beau jour la fantaisie d'aimer la peinture et le luxe
de s'y connaître. Né, vers 1830, dans une famille riche, il avait pu se
procurer, dès sa jeunesse, un supplément d'éducation que rien ne rem-
place : les voyages. Il avait parcouru l'Italie, l'Espagne, la Hollande,
l'Angleterre, l'Allemagne, et il avait pu contempler dans le milieu qui les
vit éclore ces grandes œuvres où les artistes de génie nous enseignent
involontairement les lois de l'art qu'ils ont devinées; mais là où les
voyageurs sont entraînés d'ordinaire vers ces maîtres au nom retentis-
sant, que l'on peut toujours admirer de confiance et vanter sur parole,
notre ami avait su distinguer d'autres maîtres moins célèbres et non
moins dignes de l'être. Il avait reconnu de bonne heure tout ce qu'il y a
de séve pénétrante, de verdeur et de saveur dans les ouvrages des
peintres et des sculpteurs du xve siècle, de ceux que nous appelons les
précurseurs. Comme s'il eût été prédestiné à diriger un jour le plus beau
recueil de l'Europe en matière d'art, il s'intéressa particulièrement aux
incunables de la gravure. A Venise, il pressentit les études qu'il devait
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