Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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MURILLO ET SES ÉLÈVES

L'Art chrétien, ou plutôt l'art
orthodoxe et dévot, a peut-être
trouvé en Murillo son expression
la plus pénétrante et la plus
sincère, en même temps que la
plus en harmonie avec ces ten-
dances de mysticité quelque peu
maladive qui semblent s'être
emparées du catholicisme mo-
derne. Les langueurs, les ra-
vissements, les Vierges d'une
beauté si humaine, les divins
Enfants d'une grâce et d'une
réalité si charnelles, les saints
pâmés en des adorations qui rap-
pellent les plus nobles ivresses amoureuses, toutes ces créations trou-
blantes et étranges où s'est particulièrement complu le génie de Murillo
s'accordent en effet intimement avec les aspirations d'une dévotion qui
ne se croit récompensée que si elle a pu s'exalter dans ses pratiques
jusqu'à nous ne savons quelles extatiques voluptés.

Pour les congrégations, pour les femmes, pour toutes les âmes
tendres et ardentes, Murillo est et restera le plus séduisant des pein-
tres. Raphaël lui-même, le divin Raphaël, avec ses colorations pâlis-
santes et atténuées, avec ses attitudes cherchées et sculpturales, ses
lignes savantes, son esthétique froidement idéale, froidement sublime,
ne parlera jamais aux sens comme parle cet Espagnol, au coloris chaud
et frémissant, aux formes sensuelles et intensivement vivantes, qui ne
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