Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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MURILLO ET SES ÉLÈVES1

on-seulement le Saint Antoine de Pa-
doue affirme la première manifestation
d'une originalité qui, chaque fois plus
puissante et plus sûre d'elle-même, pro-
cédera désormais comme par grands
coups d'ailes, mais cet ouvrage, un
poëme d'harmonie et d'expression in-
tense, nous révèle encore un des carac-
tères, et celui-là le plus personnel, du
génie de Murillo, génie fait de grâce, de
charme, de spontanéité et de candeur,
unis à ce sentiment de mysticité passionnée où l'élan amoureux de la
créature se confond vaguement avec l'adoration pour le créateur.

Déjà, dans la Mort de sainte Claire, comme dans la Cuisine des Anges,
se pouvait pressentir chez Murillo la rare faculté d'allier étroitement le
surnaturel aux êtres et aux objets tangibles et de faire accepter, dans un
même sujet, l'introduction de l'incréé et de la vision céleste au milieu
même des plus humbles familiarités de la vie réelle; or, dans le Saint
Antoine de Padoue, cette faculté éclate, magistrale, décisive, et telle qu'elle
ne rencontre de rivale dans aucun temps et dans aucune autre école.
Sans doute, avant et depuis Murillo, d'autres artistes ont prouvé autant de
foi, mais, cette foi, ils l'ont exprimée autrement, et nul, que nous sachions,
ne l'a traduite avec sa tendresse, son charme victorieux et surtout avec
une plus convaincante sincérité.

Dans cette donnée créatrice, typique chez Murillo, de l'union de
choses en apparence aussi opposées, on ne sait vraiment qu'admirer le
plus, .ou de ce franc tempérament de peintre, si instinctivement coloriste,

4. Voir Gazelle des Beaux-Arts, t. XI, p. 35.
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