Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

Page: 330
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1875_1/0344
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
A PROPOS DE COPtOT

a mort de Corot donne aux pages suivantes un véritable
intérêt d'actualité. Leur auteur, le mordant et humoristique
député de l'Aude, M. J. Buisson, a bien voulu les détacher
pour nous d'un volume en préparation. Sans prétendre effacer
le souvenir du travail que M. Paul Mantz1 a naguère consa-
cré à ce noble et doux génie, elles seront, du moins, le salut
ému et rapide de la Gazelle devant cette tombe à peine
fermée. Elles nous permettront d'offrir à nos lecteurs la
primeur d'une des eaux-fortes originales de Corot, et de reproduire en môme temps
la Danse des Nymphes, le seul tableau de l'artiste qui ait été acquis par l'État pour le
musée du Luxembourg. Les eaux-fortes exécutées par Corot lui-môme sont fort rares,
— on n'en connaît que treize, — et celle-ci est incontestablement l'une des plus belles
et des plus colorées.

L. G.

Les hommes de notre temps resteront toujours des débiteurs insol-
vables envers Corot, car il a inventé pour eux des jouissances nouvelles.
Il a ajouté quelque chose à ce que les peintres de paysage, même les
plus grands, nous avaient, avant lui, révélé de la nature. H a augmenté
notre sympathie pour elle. Après les découvertes de ce bon génie, si grand,
si lumineux, si doux, elle nous paraît plus humaine et presque fraternelle.

Personne n'a jamais résumé avec une aisance si magistrale l'expres-
sion d'un site, et n'a si bien découvert toute la poésie qu'il contenait. On
pourrait même soutenir, et c'est là ce qui explique la résistance à l'admi-
ration de Corot chez les esprits prosaïques, qu'au delà de la dose de
poésie introduite par lui dans la peinture, il n'y a plus que de la manie.
Les mêmes esprits s'imaginent qu'il a toujours peint le même paysage
parce qu'il appliquait aux sujets les plus divers la même méthode d'uni-
fication. Méthode inappréciable qu'il avait conquise par quarante ans
d'efforts et de luttes contre la nature, ou plutôt d'alliance avec la nature.

1. Gazette des Beaux-Arts, t. XL 416-432, avec portrait gravé à l'eau-forte par
M. Bracquemond.
loading ...