Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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MURILLO ET SES ÉLÈVES1

a galante et dévote Séville du xvne siècle
n'avait pas manqué d'accueillir' avec un
enthousiasme passionné le dogme nouveau
de la Conception immaculée. Tous ses
artistes, tous ses peintres traitèrent à l'envi
ce sujet de la Vierge devenant mère, si
peu en harmonie, ce semble, avec les
matérielles exigences des arts plastiques.
Eh bien! ce thème rebelle, Murillo s'en
est cependant emparé jusqu'à le faire sien
et l'a rendu avec un élan, une supério-
rité, un bonheur de forme et d'expression qui lui ont justement mérité
chez ses compatriotes le titre de Pintor de las Concepciones. Murillo a
été, en effet, et restera le peintre en toute excellence de la Conception
immaculée.

Sa Vierge, toujours rayonnante de jeunesse et de grâce, vêtue d'une
tunique blanche, aux plis amples et drapée d'un manteau couleur d'azur,
s'envole dans les cieux , mystérieuse et pure comme les régions éthérées
qu'elle traverse, emportée dans un ruissellement de lumière.

Une ivresse vraiment divine illumine son visage ; toute son âme ravie
a passé dans ses yeux, levés en haut, noyés d'une langueur humide. Sa
chevelure, que l'air caresse et emmêle, ondoie sur ses épaules, faisant à
sa belle tête, un peu renversée, la plus adorable des auréoles. La bouche
s'entrouvre, les lèvres frémissent. Sous la tunique le sein se soulève et
bat, car de mignonnes mains, des mains d'enfant, chastement croisées, le
contiennent. L'attitude ployée, l'expression, le tressaillement de ce beau

4. Voir Gazelle des Beaux-Arts, 2e période, t. XI, p. 35 et 176.
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