Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

Page: 233
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1875_1/0245
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
CHARLES

GLEYRE

i.

e semble-t-il pas que les amis de
Charles Gleyre soient seuls autorisés à
parler de lui ? Les profanes ont pu esti-
mer ce talent discret et sage ; mais ils
l'ont aimé sur parole, de confiance, et
presque sans le connaître. Une diffi-
culté sérieuse est ainsi créée au bio-
graphe qui voudrait tout savoir, au
critique qui voudrait tout dire. Après
avoir mis le public dans la confidence

de ses premiers rêves, Gleyre s'était dérobé; il avait déserté le champ
de bataille. Gomme le poëte dont Sainte-Beuve a parlé, il était, avant
midi, rentré dans « sa tour d'ivoire », et il ne demandait plus à la foule
qu'un peu de respect et de silence. Il travaillait sans doute, mais sans
bruit et pour quelques initiés seulement. A partir de 18/|9, sa vie fut
cachée : ses productions, lentement mûries, achevées avec amour,
quittaient l'atelier de la rue du Bac pour aller prendre place dans des
collections étrangères, et elles ne sont connues que d'un petit nombre de
privilégiés. Il n'était pas donné à tous de pénétrer dans cette maison
silencieuse. Pour moi, je n'ai vu Gleyre qu'une fois. 11 achevait alors le
grand tableau destiné au musée de Lausanne, la Bataille du Léman. Un
ami m'ayant introduit dans l'atelier de l'artiste, j'y vis la sérieuse
peinture à laquelle il mettait la dernière main, un portrait du Père
Enfantin en costume officiel, quelques dessins d'un caractère assez frap-
pant. Mais l'homme était visiblement supérieur à son œuvre; je fus touché
de la sincérité du maître, des doutes dont il paraissait assailli, de l'inquié-
tude qui le tourmentait au moment de laisser partir pour la Suisse le
tableau auquel il avait travaillé tant d'années, et qui, parfaitement soigné

XI. — 2e PÉRIODE. 30
loading ...