Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 11.1875

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

n'est pas tout d'avoir au cœur la flamme sacrée, il faut la laisser voir à
tous : que clis-je ! il faut l'arborer fièrement comme un drapeau.

Un autre défaut a pu nuire au succès des Bacchantes. Malgré l'im-
portance des détails dictés par un savant archaïsme, ce tableau n'était,
à tout prendre, qu'une réunion de femmes nues dans un paysage. Or la
femme, — et personne n'oserait s'en plaindre,— n'est pas seulement une
silhouette. Elle dessine sur les choses ambiantes un contour élégant,
mais ce contour n'est pas vide, il circonscrit des formes intérieures, des
dépressions, des reliefs, toutes ces suavités que l'art peut rêver, et dont
il doit, comme l'amour, faire son profit. Malgré les progrès constants
qu'accusait sa manière, Gleyre n'avait pas encore, en 1849, dompté le
monstre redoutable et charmant, il n'avait pas fait la conquête de la
femme. Dans leur galbe extérieur et dans leur profil, ses bacchantes ont
de la grâce et de la délicatesse; pour le modelé, qui est la vie, elles sont
plates, vides, un peu sèches. Le maître ne semble pas avoir le sentiment
de la chair. Ses danseuses sont taillées clans de la pierre ou dans du bois.
Ici, l'influence d'Ingres reste visible. Ce défaut, signalé déjà à propos de
la Jeune Nubienne et de la Diane, aurait stérilisé les efforts de Gleyre,
s'il avait duré plus longtemps. L'artiste s'en aperçut et nous montrerons
que, dans les œuvres de sa dernière manière, qui est la bonne, il a
beaucoup cherché la morbiclesse de 1'épiderme et la fleur savoureuse
de la vie.

PAUL MANTZ.

(La fin prochainement.)
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