Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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DU DÉCOR DES VASES.

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objets, il rabat ses tons, il les reflète. Pour passer de la lumière à
l’ombre, il atténue ses teintes. La vérité et la convenance du coloris, la
finesse des nuances et l’harmonie du tout sont les qualités qu’il recherche
et qu’il doit rechercher.

11 n’en est pas tout à fait de même pour le décorateur d’un vase.
Devant s’interdire la perspective, il n’a pas à rompre ses couleurs, à
dégrader ses teintes, et comme il n’est pas le maître de la lumière qui
éclairera son œuvre, comme il est tenu d’accepter le jour tel qu’il lui
tombera du ciel, il peut mettre ses tons entiers, il peut oser des couleurs
franches et pures, parce qu’une partie en sera dévorée par le clair,
tandis qu’une autre sera perdue dans l’obscur ou altérée par les reflets,
et qu’ainsi les couleurs devront être rompues naturellement par l’effet
naturel du jour et de l’ombre.

Prenons par exemple un vase de porcelaine bleu. Si un rayon de
soleil tombe sur ce vase, tout le long de la traînée de lumière que pro-
duira ce rayon, le vase cessera d’être bleu pour devenir blanchâtre ou
jaunâtre. Du côté opposé à la lumière, le bleu s’assombrira, si le vase ne
reçoit aucun reflet, et il changera de ton si le vase est reflété. De plus,
la couverte faisant miroir tous les clairs moindres de l’appartement y
trouveront un écho. Voilà donc cette teinte bleue qui perdra son identité
dans la lumière, sa pureté dans l’ombre et sa qualité dans les reflets.

D’où je conclus que la franchise des tons est nécessaire au décora-
teur, car si une couleur lorsqu’elle est franche et pure doit être si forte-
ment altérée par le seul jeu de la lumière, que sera-ce quand cette cou-
leur sera d’avance atténuée, affaiblie, rabaissée au tiers ou au quart du
ton, quand ce sera un gris-perle, un rose évanoui, un lilas pâle ou toute
autre teinte dégradée comme celle que l’on se plaisait à rechercher dans
la céramique française, il y a quelques années! Il est évident que si la
couleur doit laisser dans les clartés du jour une partie de sa hardiesse
et de son intensité, c’est le cas de la tenir sur la palette du décorateur
aussi hardie, aussi intense que possible, afin qu’elle conserve encore
beaucoup de saveur et d’éclat lorsqu’elle aura perdu ce qu’elle doit
perdre.

Au surplus, pour qu’une couleur soit franche, énergique et triom-
phante, il n’est pas nécessaire qu’elle soit pure, dans le sens que nous
attachons à ce mot. Une couleur primaire est pure quand elle n’est mo-
difiée par aucune des deux autres. Le jaune pur est celui où il n’entre
aucune parcelle de rouge ni de bleu. Une couleur impure, dans ce sens,
peut-être très-énergique, énergie et pureté n’étant pas la même chose.
Le vermillon dans lequel il entre du jaune est très-éclatant quoique

XIII. — 2e PÉRIODE. 53
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