Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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PROMENADES AU LOUVRE

REMARQUES SUR LE GESTE DANS QUELQUES TABLEAUX

Voici une chose assez singulière :

Dans son remarquable catalogue, feu
M. Villot a décrit, comme il suit, le très-
beau tableau de Cuyp, intitulé le Départ
pour la chasse (numéro 105) : « Un cavalier
vêtu de rouge et monté sur un cheval gris-
pommelé; un serviteur, un sabre recourbé
au côté, dans une attitude respectueuse,
tient d’une main la bride de son cheval, et
de l’autre l’étrier que le cavalier lui indique
avec sa cravache. »

Cuyp et M. Villot se sont trompés, ou
plutôt Cuyp s’est trompé, puisque M. Villot
a été trompé. En effet, si l’on regarde avec
beaucoup d’attention, on voit que le cavalier
désigne expressément du bout de sa cravache la sous-ventrière du cheval,
et que le serviteur se courbe, non par respect, mais pour examiner la
sangle qu’on lui montre et qui probablement n’est pas bien bouclée.

Si l’attitude du serviteur avait été étudiée par le peintre aussi exacte-
ment que le geste du cavalier, le doute n’eût pas été possible. Si Cuyp
avait fait voir, par exemple, le visage de l’homme penché, il aurait
dirigé les regards de celui-ci sur la courroie, et on n’aurait plus pris
pour une inclinaison respectueuse l’inclinaison d’un personnage qui
examine et qui cherche.

Il résulte de ceci, qu’entre un homme qui se baisse pour examiner
quelque objet, et un homme qui s’incline respectueusement, il n’y a
guère de différence, au moins lorsqu’ils sont vus de dos tous deux ; vus
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