Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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RÉFLEXIONS D’UN BOURGEOIS

SUR

LE SALON DE PEINTURE

etit Salon, médiocre Salon, cette an-
née ; l’opinion à cet égard est unanime.

Mais laissons cela. Bien des gens qui
ont la charge, ou se la sont donnée,
d’encourager l’art dans ses manifesta-
tions un peu hautes, peuvent se frapper
la poitrine et dire chacun : C’est ma
faute, c’est ma très-grande faute ! L’œil
toujours fixé sur l’Ecole des Beaux-Arts,
étrangers à ce qui s’agite à côté, ils ont
dédaigné, méconnu, par exemple, un
groupe d’artistes qui, depuis vingt ans,
lutte péniblement, noblement contre toutes les difficultés, celles de la
vie, celles de l’art, et celles que lui crée l’indifférence générale. Étrange
pays que celui-ci! Il demande à grands cris des artistes, il en a, il n’en
voit que quelques-uns et met trente ans à apercevoir les autres. Le talent
des hommes dont nous parlons a arraché çà et là des médailles au jury.
Il y a trop d’expérience au jury, en effet, pour qu’on n’y discerne pas le
mérite lorsque, dans une expertise immédiate, on le compare avec la
médiocrité débordante. Mais qu’au delà de cette inévitable et passagère
constatation d’une valeur indéniable, on se soit occupé de ces artistes,
on ait compris leur rôle, on les ait soutenus, applaudis? jamais ! Le
public ne s’attroupait pas autour de leurs toiles simples et sévères, la
presse ne frappait point ses cimbales devant leurs cadres ; eux-mêmes
se seraient sentis amoindris, déshonorés, s’ils avaient fait, comme le
font tous les esprits mercantiles, des annonces, des tapages dignes de
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