Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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L’ÉTAT CIVIL DES MAITRES HOLLANDAIS

PIETER DE HOOGH

usqu’a présent on ne savait rien de la vie de Pieter de Hooch.

Le seul renseignement qu’on pouvait donner sur lui, c'est
que probablement il mourut jeune; car ses tableaux sont rares,
et ses œuvres ont un caractère trop personnel pour avoir été
facilement confondues avec celles d’un autre maître hollandais
de la pléiade contemporaine.

Tout le monde connaît les contrastes à la fois délicats et vio-
lents d’ombre transparente et d’éblouissante lumière qui con-
stituent sa manière. Son procédé varie peu. Ses premiers plans baignent presque
toujours dans un deux clair-obscur, pendant qu’au fond de la composition une
échappée ouvrant sur un vestibule ou sur une cour fait vibrer des clartés resplendis-
santes d’un magique coup de soleil. Mais si son procédé se répète, ses motifs ne se
répètent point; et du reste il est si vrai, si sincère et en même temps si recueilli, le
charme qu’il répand sur son œuvre a un tel caractère d’exquise intimité, d’austère
tranquillité, de calme honnête, qu’en contemplant ses tableaux il semble qu’on participe
aux douces joies de ce home hollandais dont il nous dévoile les aimables mystères.
Je ne dis rien de sa technique qui est admirable. Je me borne à signaler ses qualités
morales parce qu’elles sont l’expression exacte du caractère de son pays, et que dès
lors il est curieux que la Hollande du xvne siècle se soit si peu préoccupée d’un artiste
qui savait si bien la comprendre, si bien la traduire et la peindre avec tant de vérité.

Aucun document cependant, aucune date, n’avaient été consignés par ses contem-
porains. Dès le siècle dernier, on en était réduit à des conjectures sur son lieu de
naissance. «Le mérite de Pieter de Hooghe dans son art, écrivait le bonhomme
Descamps à son retour des Pays-Bas, nous fait regretter de n’avoir pu découvrir aucune
particularité de sa vie. De ce qu’il l’a passée en Hollande, on conjecture avec assez
de probabilité qu’il y a pris naissance. » Pilkington, qui s’était trouvé dans le même
embarras, n’avait pas osé, lui non plus, trancher la question d’origine; mais moins
scrupuleux pour l’âge, il avait bravement inventé une date, 1643, qui, faute de mieux,
fut longtemps acceptée comme article de foi. Descamps l’admit, Balkema la répéta,
Gault de Saint-Germain n’en donna pas d’autre. Il fallut qu’Immerzeel dans ses
Levens en Werken der Hollandsche kunstschilders, et M. Villot dans sa Notice
des tableaux du Musée du Louvre, fissent remarquer qu’il existait des œuvres
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