Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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PROMENADES AU LOUVRE

REMARQUES SUR LE GESTE DANS QUELQUES TABLEAUX1

('troisième et dernier article)

Entre autres peintres, à cause du
rôle régulateur et doctrinal qu’on lui
accorde dans l’art français, Poussin
m’arrête tantôt par d’heureuses vues
mimiques, tantôt par des erreurs ou
des banalités. Ses Sabines me fournis-
sent nouvelle matière à critiquer. La
vieille, aux pieds de Romulus, n’a pas
un geste assez grand, assez désespéré
pour désigner sa fdle qu’emporte un
soldat, un geste qui veuille retenir, se
cramponner. Quant à l’homme qui
s’enfuit en courant, les bras levés, j’y
reviens, parce que là aussi il s’agit
de deux mouvements successifs, mal
analysés et fondus à tort en un seul. L’homme a commencé par lever
ses bras en signe d’invocation au ciel ou de renoncement à toute oppo-
sition, mais dès qu’il s’est mis à courir, il a dû les baisser. On peut
marcher en levant les bras au-dessus de sa tête, mais on ne peut courir.
Le peintre eût vu bientôt son modèle tomber par terre, s’il lui avait
pris fantaisie de vérifier sur nature les bons principes de la statique. Je
crois aussi que dans le célèbre Déluge, l’homme qui tend sa main vers
son enfant n’est pas solidement arc-bouté. Un bras cherchant réellement

Voir Gazette des Beaux-Arts, 2e période, t. XV, p. 19 et M%.

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