Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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LA RENAISSANCE A LA COUR DES PAPES

L’HÉRITAGE DE NICOLAS V

Nicolas Y peut passer à bon droit pour la per-
sonnification la plus brillante et la plus complète de
l’esprit de la Renaissance sur le trône pontifical. Son
ardent amour pour la littérature classique, les sacrifices
immenses qu’il s’imposa pour créer au Vatican une
bibliothèque sans rivale, et, dans un autre ordre
d’idées, la reconstruction de la basilique de Saint-
Pierre, ses projets grandioses pour la transformation
de la Ville Éternelle, ce sont là autant de titres qui
lui assignent le premier rang parmi les papes artistes
ou humanistes du xve et du xvie siècle.

L’étude des documents que l’annexion a fait entrer dans les Archives d’État de
Rome est loin d’affaiblir cette impression. Elle nous fait toucher au doigt, pour ainsi
dire, l’activité singulière déployée par cet homme si ardent et si généreux dans tout ce
qui se rattachait à ses entreprises favorites; elle fournit des chiffres à l’appui des
éloges de ses contemporains et permet d’ajouter, à trois siècles de distance, quelques
traits nouveaux aux portraits si sympathiques esquissés par Giannozzo Manetti,
Filelfo, Æneas Svlvius, Platina, Vespasiano et tant d’autres savants ou littérateurs de
l’époque.

Ce qui nous frappe avant tout quand nous parcourons les registres des dépenses
de Nicolas V, c’est d’un côté son esprit d’initiative, de l’autre l’intérêt multiple qu’il
porte à toutes les branches de l’art (la sculpture seule paraît un peu négligée), et les
efforts auxquels il ne cesse de se livrer pour maintenir entre elles une harmonie com-
plète. Abstraction faite de ses constructions, qui s’élevaient partout avec une rapidité
vertigineuse, on le voit en même temps réunir et dresser une véritable armée de
peintres, de verriers, de calligraphes, d’enlumineurs, d’orfévres, de brodeurs, d’intarsia-
teurs, installer à Rome un atelier de tapisserie, envoyer dans les differentes parties de
l’Europe des agents chargés de lui rapporter ce qu’il y avait de rare et de précieux
en tout genre. Qu’il s’agisse de la décoration du Vatican, de celle d’une église située
sur une colline déserte, telle que Santo-Stefano Rotondo, ou des chapelles commémora-
tives du pont de Saint-Ange, il tient à user de toutes les ressources que peut lui
offrir la civilisation la plus raffinée. Aux élégants pilastres de Rossellino, aux fresques
de frà Angelico, il joindra les verrières de maître Giovanni d’Andrea de Florence, et
sa sollicitude s’étend jusqu’aux portes de métal, dont l’exécution est confiée à un
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