Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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PROMENADES AU LOUVRE.

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coryphée des jambes écartées, des postures de maîtres d’armes. Cette
toile absurde n’a pas l’excuse d’un lourd fantastique que Fuessli pouvait
invoquer pour ses sorcières de Macbeth étendant leurs trois bras droits
et leurs trois index crochus. Les Horaces de David peuvent aller, comi-
quement, de pair, encore n’en ont-ils pas le maniérisme étrange, avec
le Martyre de saint Christophe de Lionello Spada (n° 408) où le bour-
reau a l’air de danser et où la victime et le bourreau ont l’air de
vouloir se mordre. Mais David est confondant. Eh quoi ! les trois bras en
bâtons, les six jambes en ciseaux, les têtes, les yeux, les nez, alignés!
rien que des parallèles! Aucune différence de tempérament et d’allure
entre ces trois guerriers, dont l’un était pourtant, l’histoire nous l’ap-
prend, d’une nature assez particulière. David s’en serait tiré autrement
s’il avait étudié l’histoire romaine primitive à travers la vie et les com-
bats des sauvages, à travers les figures des vases grecs et étrusques de
l’ancienne époque, ainsi qu’on l’essaie aujourd’hui. La Madeleine et le
Christ deBronzino rentrent à leur tour dans les groupes étranges où l’on
pourrait classer aussi bon nombre de figures de Rubens. Mais si le
Christ de Bronzino se tortille et danse de la façon la plus inattendue, sa
Madeleine si tourmentée et si maniérée est pleine d’adoration, de pas-
sion, d’élan et de beauté. C’est même une des plus belles figures que
la peinture ait créées et je l’ai réservée pour la fin, comme le pôle
opposé de l’esprit et du naturel déployés par les Flamands et les Hol-
landais.

DÜRANTY.

XV. — 2e PÉRIODE.

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