Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 15.1877

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Immaculée, Murillo n’a pas laissé de varier son type de la Vierge : il l’a
peinte femme, adolescente et parfois presque enfant.

Dans notre tableau, elle a tout le charme adorable, toutes les séduc-
tions de la jeune fille de seize ans. En robe blanche, aux plis nobles,
les épaules couvertes d’un manteau d’azur, couronnée d’étoiles et les
pieds posant sur le croissant d’argent, elle monte, extatique, radieuse
et comme emportée par sa seule volonté, vers les deux irradiés de la
lumière paradisiaque, ces deux où l’attend un trône. Ses fines et
mignonnes mains d’enfant, croisées sur sa poitrine, en contiennent les
battements. La tête, tout encadrée d’une ondoyante chevelure que l’air
caresse et emmêle, se renverse comme le calice d’une fleur trop chargé
de rosée; les yeux levés en haut sont baignés d’une langueur humide,
la bouche est frémissante, et la sensation d’enivrement extatique est
saisissante. C’est bien toujours là ce brûlant poëme d’amour mystique
que seul, dans l’art, Murillo a pu concevoir et contenir dans sa troublante
et périlleuse expression de sensualité éthérée.

Autour de la Vierge voltigent et se jouent sur des nuages d’azur
et d’argent, ces délicieux enfants, — des enfants encéphales, comme
les peint Murillo — beaux comme des anges, frais, charmants et tendres
comme les fleurs qu’ils répandent. Nous le répétons, cette Conception
est une œuvre de premier ordre.

Nous n’avons rien au Louvre qui rappelle, même de loin, la manière
dont est peinte le second Murillo, une Madeleine en prière. Ce n’est
plus, ici, la manière attendrie et vaporeuse delà Conception; l’exécution
est autre si le sentiment et le caractère diffèrent moins. Murillo a
modelé les blanches épaules et les bras nus de la séduisante pécheresse
avec une étonnante fermeté ; ce torse est corrégesque : on sent partout,
sous ses rondeurs éblouissantes, cette science de l’anatomie qui sait se
dissimuler sous la grâce.

La Madeleine, enveloppée d’une draperie d’un ton violet chaud et
sourdement bruni, tout le haut du corps nu, les cheveux épars et tombant
en longues tresses sur les épaules et sur le sein, joignant les mains dans
un geste de ferveur absolu, implore du Créateur le pardon de ses fautes.
La tête est admirable d’expression pénétrée. Le fond est donné par la
grotte où s’est réfugiée la pénitente; à terre sont placés quelques livres,
le vase aux parfums et une tête de mort. Le génie de Murillo respire
tout entier dans cette admirable Madeleine.

Voici un Velâzquez de connaissance. Ce portrait d’une dame d’une
si fière tournure et dont les traits offrent quelque ressemblance avec
ceux de doua Isabelle de Velasco, peinte dans le tableau des Meninas,
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