Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 14.1895

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CORRESPONDANCE DE BELGIQUE

a somme d’attention légitime qui s'est portée sur l’Exposition
universelle d’Anvers semble avoir eu pour effet de ralentir en Bel-
gique le mouvement de la curiosité, déjà peu vivace en temps
ordinaire. Étant donné le peu d’étendue du territoire et la con-
centration des préoccupations d’art dans un petit nombre de villes,
la chose par elle-même n’a rien qui puisse surprendre. Même à Anvers, où le
musée ancien faisait partie de l'Exposition, le nombre des visiteurs de la célèbre
galerie a été insignifiant, rapproché du chiffre des temps ordinaires. Convenons
que l'idée était malencontreuse de transporter ainsi dans le tourbillon des foules
mouvantes, en quête de plaisirs, attirées par l’Exposition, l’austère asile des con-
.ceptions artistiques du pays. Constatons aussi que, sollicité sans relâche, et Dieu
sait combien bruyamment parfois, au profit des productions du jour, le public en
vient à croire que l'art ancien est chose d’intérêt secondaire, et réserve son
enthousiasme pour quantité de choses qui demain seront oubliées.

S’il importe que les musées et les collections nationales veillent d'une manière
incessante à s’accroître, personne ne songe sans doute à contester que le zèle de
ceux qui les administrent ne saurait trouver de plus actif stimulant que le
contrôle et l'appui sympathique des masses. Hier encore, un journal, et non des
moindres, ouvrait scs colonnes à un ensemble de remarques sur l’organisation
d’une de nos grandes galeries et sur la marche suivie pour son accroissement,
critiques d'ailleurs très modérées. On répondit — officieusement, comme de juste —
pour démontrer qu’en somme tout allait pour le mieux. Quoi de plus naturel,
surtout alors qu’on est tenu de s’en prendre non point à un homme, mais à une
commission? Aussi est-il rare que nos journaux s’occupent des musées. Est-ce à
dire que tout le monde se tienne pour satisfait des accroissements d’ailleurs
limités de nos galeries publiques? En toute franchise il faut dire le contraire.
Ainsi, Bruxelles s’est récemment donné le luxe d'un nouveau Jordaëns, une toile
de quatre à cinq figures, de grandeur naturelle, Pan et Syrinx, dont certaines
parties sont bien venues, ce qui n’empêche pas l’œuvre d’être d’un intérêt abso-
lument secondaire. Outre que Jordaëns a fait incomparablement mieux, en dehors
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