Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

personnel de Gonzague, les barres de sa maison, les lions debout, les
aigles renfermées dans un triple cadre.

Ce plafond, énorme « machine » pesante, prise dans la masse,
avec des figures en relief plus grandes que nature, des saillies puis-
santes, calme de composition, bien ordonnée, rehaussée de couleurs
et piquée çà et là de points d’or, constitue le spécimen décoratif spécial
à Sabbioneta et à Vespasien. 11 a dû certainement exister dans la
région une école de huchiers, des Vénitiens ou des Lombards, dont
nous connaissons mal l’origine ; à moins que le duc, qui y regardait
de près, nous le savons, n’ait imprégné les artistes du goût qu'il avait
puisé lui-même en Espagne et en Portugal, en face de ces obras de
ialha dont nous avons parlé plus haut à propos des douze chevaux.
Nous reconnaissons pourtant que, sans parler de Lorenzo Bregno,
ceux qui taillaient dans les chantiers de Venise les allégories puis-
santes aux proues des Bucentaures étaient de force à satisfaire Ves-
pasien sans rien emprunter aux écoles de Séville et aux artistes des
fameux carrosses de Belemi.D’où que vinssent ces artistes, leur œuvre
fut célèbre de leur temps, car un contemporain, l’auteur de la De-
scription du Palais d’Urbin, Bernardino Baldi, fait au duc de Sabbio-
neta un particulier honneur d’avoir eu le goût de la décoration en
bois précieux, et énumère le cèdre, l’olivier, le noyer, l’érable, qu'il
aimait à mettre en œuvre : « Cette coutume, renouvelée de la Phé-
nicie et de la Judée, d’orner les murs de bois précieux, je l’ai vu
employer avec le plus grand goût par l’excellent duc Vespasien,
qui dans le luxe des constructions et la grandeur d’âme s’est rendu
célèbre et mérite d’être mis en parallèle avec les plus grands de
l’antiquité1. »

Les parois basses des salles et appartements privés du palais
ducal, aujourd’hui peintes à la chaux, ne présentent aucune trace
de décoration; elles étaient recouvertes d’étoffes précieuses et de
tapisseries, dont Vespasien possédait une riche collection. Le prince,
dans son testament, lègue même à MgT G. Schizzi, doyen de la cathé-
drale de Crémone : « Deux tapisseries choi sies parmi les plus anciennes,
y compris celle que j’ai rapportée d’Espagne, Y Histoire d’Esther,
achetée à Madrid, filée de soie [che ha setci dentro). »

c, H ARLES Y R I A R T E

(La suite prochainement.)

I. Bernardino Baldi, Rime e Prose, manuscrit cité par le P. Ireneo Affo.
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