Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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L’ATELIER I)E M. R0D1N

Entrer clans un atelier, c’est acquérir d’un coup
d'œil une notion générale sur l’artiste qui l'habite.
11 en est de célèbres, pimpants et mondains, encom-
brés d'élcganccs artificielles, d’étoffes, de bibelots,
de potiches, de trophées, avec des recoins mysté-
rieux, des poufs abrités sous des baldaquins, des
buen-retiro derrière des portières. 11 en est d’im-
menses, hauts comme des nefs de cathédrales, avec
des galeries, où l’on donne des fêtes. Il en est de
coquets. Il en est qui sont d’une austérité voulue.
Il en est même quelques-uns qui sont d’une austé-
rité sincère.

L’atelier de M. Auguste Rodin, au Dépôt des
marbres, est de ceux-là. Il n’a rien pour la repré-
sentation ; il ne fait pas un sacrifice à l’élégance.
C’est un atelier dans le vrai sens du mot, dans son
sens laborieux, ouvrier, une pièce qui n’a d’autre
raison d’être que le travail qu’elle favorise. Pas
une étoffe, pas un bibelot ; quelques tableaux
d’amis sont dissimulés derrière des toiles qui les préservent de la
poussière du plâtre. La décoration, ce sont les ébauches envelop-
pées dans des draps humides, informes masses grisâtres où le rêve
est emprisonné, les maquettes des œuvres futures, l’œuvre en exé-
cution, l’œuvre d’aujourd’hui. L’on n’a pas besoin de regarder long-
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