Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

l’écu armorié de Bourgogne antérieur à Philippe le Bon. Le rondino
du Louvre, admirablement conservé, ressemble bien plus à une
grande miniature qu’à un tableau. Les figures en sont peintes avec
une surprenante richesse de tons, mais on voit que les détails et la
composition générale sont traités par un artiste familiarisé avec la
dimension restreinte des pages des manuscrits. On y retrouve égale-
ment une imitation des compositions italiennes qui venaient d’ouvrir
une carrière toute nouvelle à l’art, jointe à une recherche du réa-
lisme dans les figures, dont les longues barbes et les vêtements à
larges plis révèlent évidemment une origine septentrionale.

On peut rapprocher de ce tableau, consacré à la Sainte Trinité,
qui se remarque sur presque tous les panneaux provenant de la
Chartreuse de Champmol, placée sous ce vocable, une autre petite
composition sur fond gaufré et doré, représentant la Mise ait Sépulcre,
où l’on retrouve les mêmes types et la même facture que dans la
Pietà dont nous venons de parler. Là encore, la scène est imitée
d’une fresque de Giotto ou de son école, tandis que l’exécution est
empreinte du réalisme particulier à l’école de Bourgogne. Le Musée
de Troyes possède un troisième panneau, qui provient également de
la Chartreuse de Dijon, où il avait été recueilli par l’archéologue
Bartholomey. Malheureusement, ce tableau est dans un tel état de
dégradation qu’une partie des figures s’est détachée et qu’il sera
bientôt complètement détruit; c’est aussi une Pietà, dans laquelle le
corps du Christ est soutenu par un saint Jean au type sauvage et vêtu
d’une robe bordée d’une frange d’or à maillons ; en face est la Vierge,
en costume de religieuse, la tête couverte d’un voile et portant une
guimpe ; sur le devant, deux anges à la figure ronde et aux cheveux
relevés en couronne, vêtus de robes à pèlerines gaufrées, relèvent
délicatement les plis du linceul. Il doit exister d’autres œuvres de
Malouel, que l’on retrouvera très probablement parmi les peintures
anonymes ou mal dénommées qui existent dans les galeries publiques
ou dans les collections privées.

Un panneau, plus important que ceux dont nous venons de
parler, devrait être ajouté aux productions de Malouel, si l’on n’avait
découvert un document positif qui le revendique pour l’un de ses
élèves. Il s’agit de l’un des cinq retables qui avaient été commandés
en 1398, au charpentier Hobel, pour les autels de la Chartreuse.
Absorbé sans doute par d’autres travaux, Malouel n’avait pas ter-
miné ces peintures lorsqu’il mourut et il s’était borné à en tracer la
composition. Ce fut Henri de Bellechose, originaire du Brabant, qui
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