Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

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ver, au milieu de leurs arbres favoris des Champs-Elysées, leur
ancien public presse dans les vastes et imposantes galeries d'un mo-
nument plus orgueilleux, il fallait parer, toutefois, aux nécessités de
l’heure présente et veiller à ne pas laisser interrompre la continuité
régulière des Salons.

C’est que — les deux Sociétés rivales l'ont très bien compris —
les expositions annuelles n’offrent pas uniquement le caractère de
manifestations esthétiques. Elles entraînent, en raison de leur rôle
de propagande et de publicité, des conséquences économiques dont
on n'avait pas, jadis, suffisamment prévu l’importance.

Ea périodicité si rapprochée des Salons peut bien, sans doute, au
point de vue du développement artistique de notre pays, présenter
des résultats fâcheux en provoquant trop d’œuvres hâtives ; mais,
d’autre part, on pourrait constater qu’elle apporte un stimulant très
actif auquel notre école doit une partie de sa vitalité, de son éclat et
de sa suprématie sur les groupes étrangers. Quoi qu’il en soit, et
pour des raisons plus terre à terre, mais non pas sans intérêt dans
la vie artistique d'un peuple, ce retour annuel et exactement régu-
lier des expositions semble devoir être considéré comme une néces-
sité indispensable. Les Salons de Paris constituent depuis longtemps
un véritable marché universel, unique, où tous les courtiers et les
amateurs des deux mondes venaient autrefois se pourvoir de pein-
ture moderne, tant étrangère que française. Lors des événements de
1870, bien des peintres étrangers établis chez nous se retirèrent dans
leur pays, appelant près d’eux leurs marchands. Depuis, une concur-
rence énergique s’est dressée en face de nous : à Londres, centre
opulent de mécènes que nous étions habitués à fournir; à Munich,
qui exporte scs tableaux avec autant d’empressement que sa bière ;
à Berlin, où l’on fait de vigoureux et intelligents efforts pour dé-
tourner le grand courant artistique et commercial vers le lit de la
Spréc.

Dans l’état actuel de la lutte, une courte interruption d’un an
ou deux eût suffi pour diriger du côté de nos concurrents tout le
mouvement des affaires d’art et porter un préjudice irréparable au
marché parisien.

Ces inquiétudes très légitimes, ces considérations toutes pratiques,
étaient de nature à faire réfléchir nos artistes. A sa suite, ce dépla-
cement commercial eût encore amené nombre d’émigrations et la
formation à l’étranger de foyers d’enseignement qui combattraient
l'influence de notre école. 11 était donc urgent d’aviser au plus tôt. La
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