Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

ment exécutée en même temps que celle du roi; elle est prise dans
le même marbre, elle repose sur un sarcophage identique, orné au-
trefois des mêmes arcatures et du même dais en marbre blanc1. Ce
couple de statues ouvre une série nouvelle dans les tombeaux royaux.
Au xine siècle,, on avait employé, pour les monuments funéraires de
Saint-Denis, des matières précieuses, comme le cuivre, l’émail, même
l’argent et l’or, mais on n’avait pas été chercher les marbres de la
Meuse2; après l’exemple donné par les sculpteurs qui ont travaillé
au tombeau de Philippe le Hardi, Jean d’Arras et Pierre de Chelles,
on continuera, jusqu’au commencement du xvc siècle, à tailler les
sarcophages des rois dans le marbre noir et les statues dans le marbre
blanc. Il y a plus : les historiens de l’abbaye de Saint-Denis et de la
sculpture française ont décrit, avec un soin particulier, la statue de
Philippe le Hardi, parce qu’elle est aujourd’hui la plus ancienne
image authentique d’un roi de France qui se soit conservée dans la
basilique3. Les statues funéraires du xme siècle sont des portraits de
princes qui n’ont pas la couronne au front, comme les fils et le frère
de saint Louis, ou bien des effigies toutes conventionnelles de mo-
narques à demi fabuleux. La tête de Philippe III,, franche et vivante,
est la première des figures couronnées qui soit certainement un por-
trait.

Tout aussi frappant de vérité se montre à nous Philippe le
Hardi sur le monument de Cosenza, [et non plus gisant à la façon
d’un mort. On reconnaît aussitôt, pour peu que l’on garde souvenir
du tombeau de Saint-Denis, le menton carré, la bouche large, le nez
allongé et un peu de travers. Seulement, sur le mausolée d’Isabelle,
le roi a quinze ans de moins que sur son propre sarcophage : la face
est plus ronde et les traits moins accusés. La pieuse gravité du
visage, exprimée par le sculpteur avec une sobriété magistrale, com-
plète l’attitude agenouillée; on lit en vérité, dans le regard triste et
perdu de ces yeux sans pupilles, la prière funèbre à la Mère des
douleurs.

La statue de Philippe, à Cosenza, est donc un portrait, ennobli
seulement par une pensée religieuse, et certainement conforme

1. Voir les calques delà collection Gaignières, à la Bibliothèque Nationale
(Pe 1, f. 32 et 33).

2. L. Courajod, La part de la France du Nord dans l’œuvre de la Renaissance,
1890, p. 19.

3. L. Courajod et Frantz Marcou, Catalogue raisonné du Musée de sculpture
comparée (_\7ie et x\'e siècles), 1892.
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