Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Per. 19.1898

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

regorgeaient de brochures dédaignées ou de catalogues qu’on paie
aujourd'hui au poids de l’or et qui valaient à peine quelques sols. Les
portefeuilles des marchands d’estampes se gonflaient de dessins et
d’images dont quelques fureteurs avisés étaient seuls à comprendre
le prix. Les amateurs d’autographes ne passaient que pour de simples
maniaques, plus ou moins inoffensifs, et personne ne s’était encore
avisé d’aller frapper à leur porte. C’était le temps où Balzac — un
curieux, pourtant — découvrait dans la collection du Cousin Pons
un éventail peint par Watteau (mort en 1721) pour Mmede Pompadour
(née la même année); où Alexandre Dumas faisait peindre,, au mois
de juillet 1770, par Boucher (mort le 30 mai précédent), des dessus
de portes à Louveciennes ; où George Sand, enfin, égarée par on ne
sait quel mystificateur, représentait (dans les Lettres d’un voyageur)
l’opulent fermier-général Watelet et son amie Marguerite Lecomte,
cachant leur bonheur obscur dans la « cabane » du Moulin-Joli, où
s’engloutit, au vrai, la majeure partie de la fortune du galant
amateur.

De pareilles méprises ne sont plus possibles aujourd’hui, et,
n’eût-il créé que les Archives de l’Art français, M. de Chenncvières
aurait contribué à leur porter un coup décisif; mais les Archives et
leur nombreuse postérité sont œuvre collective et je voudrais seule-
ment aujourd'hui rappeler quelques-uns des titres personnels de
M. de Chennevières à notre reconnaissance.

La tâche nous est agréable et facile. M. de Chennevières a jadis
publié dans L’Artiste, puis fait tirer à part des Souvenirs d'un direc-
teur des Beaux-Arts, qui, allégés de quelques hors-d’œuvre, forme-
ront, quand on voudra, l’une des contributions les plus piquantes
de la littérature autobiographique du xixe siècle. Songez à ce qu’a
pu voir et dire un homme qui a connu tous les artistes et presque
tous les écrivains de son temps, qui a, de 1846 à 1874, gravi tous les
échelons de la hiérarchie administrative, et que ses fonctions ont
mis en contact avec tout le personnel politique de quatre régimes
différents.

Bien que M. de Chennevières n’ait point, dans ses Souvenirs,
abusé du moi, on peut néanmoins l’y suivre depuis le jour où, sur
les bancs du collège, il sollicitait de Gavarni une entrevue gracieu-
sement accordée, jusqu’aux heures., lourdes pour lui, fécondes pour
l’avenir, où il se vit confier la direction des Beaux-Arts. Normand de
souche et de cœur, il n’avait encore publié qu’une plaquette de rimes
juvéniles, Les Vers de François-Marc de La Boussardière, et un tout
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