L' art: revue hebdomadaire illustrée — 8.1882 (Teil 2)

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ib4 L'ART.

Dans le testament de Giovanni Santi, fait le 27 juillet 1494', où il laisse son héritage à son
frère Bartolomeo, à son fils Raphaël et à d'autres parents, il est fait mention de deux legs : l'un
de cinquante florins, au couvent de Santa Chiara ; l'autre de cent florins, à son neveu Jérôme
Vagnini. Le 29 juillet, c'est-à-dire deux jours plus tard, Giovanni fit un autre testament dans
lequel il supprima ces deux legs. Mais Raphaël les rétablit, après la mort de son père;
Passavant affirme que les religieuses de Santa Chiara reçurent les cinquante florins.

La simple intention de laisser une pareille somme d'argent aux religieuses de Santa Chiara
prouve que Giovanni Santi avait avec elles de bons rapports. Quant à Raphaël, il se trouva en
relations avec elles, par le fait seul du rétablissement et du payement du legs. 11 se peut que ce
tableau ait été donné en payement d'une partie de ces cinquante florins. La famille Santi n'était
certainement pas riche. C'est sans doute pour cette raison que Giovanni aura renoncé à sa
première intention. De leur côté, les religieuses, surtout après l'apport du douaire de la princesse
Elisabeth, ne pouvaient pas être réellement pauvres; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'elles
aient pu accepter ce tableau en payement de la moitié du legs.

On peut dire que ce ne sont là que des probabilités, mais on doit admettre qu'elles sont
très plausibles, qu'elles comblent parfaitement les lacunes entre les faits connus, et enfin qu'on
ne peut leur opposer rien de comparable.

L'histoire de ce tableau ne présente aucune partie obscure. Depuis l'époque de Raphaël, il a
été conservé dans le plus sûr des asiles, dans un couvent de religieuses, et gardé « avec un soin
jaloux » comme une des œuvres du grand peintre. La personne que l'on mentionne comme l'ayant
acheté était une « Mère » de ce couvent, car l'inscription ne peut se référer à aucune autre ;
cette personne était la sœur du premier protecteur de Raphaël, une amie de l'artiste lui-même,
et aucun doute n'a jamais été soulevé sur cette authenticité jusqu'au jour où, dans ce siècle-ci,
Pungileoni en émit un qui s'explique naturellement par une erreur évidente du critique lui-même.

Passavant se plaint que Vasari ne donne aucune description de ces deux petites Madones
peintes pour Guidobaldo, et cherche à en découvrir les traces dans les musées d'Europe. Mais il
est difficile d'admettre avec lui que l'une d'elles soit une petite Sainte Famille qui est actuellement
à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, et que l'autre, de dimensions encore plus petites, soit celle
que possède M. G. M. Delessert, de Paris. Vasari dit expressément « deux Madones ». Or, artiste
lui-même et biographe d'autres artistes, Vasari n'aurait pu manquer de précision dans une
question technique, au point de confondre une Sainte Famille avec une Madone.

La Madone de Santa Chiara est évidemment copiée d'après un original du Pérugin, et doit
avoir été exécutée lorsque Raphaël commença à travailler avec ce maître. Le professeur Farabulini
considère ce tableau comme le seul où l'on puisse étudier le premier pas de l'artiste dans la voie
qui devait le conduire de la première manière que lui avait apprise son père à celle qu'il devait
emprunter à son second'maître, le Pérugin. La peinture originale a disparu de Pérouse, mais le
professeur Sanguinetti, qui a dirigé pendant vingt ans l'Académie des Beaux-Arts à Pérouse,
affirme l'y avoir vue. 11 en a même fait un calque soigné qui est actuellement entre les mains de
M. Hooker. Le sujet de ce tableau est identique à celui de la Madone de Santa Chiara, sauf
qu'au lieu d'un fond d'or avec un paysage, l'original présente une gloire circulaire avec des têtes
de chérubins en adoration.

Le professeur Sanguinetti, en voyant la Madone de Santa Chiara, l'a reconnue pour une
copie du tableau du Pérugin qu'il connaît mieux que personne et il n'a pas hésité à déclarer
que cette copie est une œuvre de Raphaël.

Ce tableau parait avoir été l'un des sujets favoris des élèves du Pérugin ; il en existe
plusieurs copies, toutes les mêmes quant au sujet, mais bien diverses tant pour le mérite de
l'exécution que pour le fond du tableau. Dans quelques-unes la gloire, au lieu d'être circulaire, se
termine en un ovale aigu, probablement pour s'harmoniser avec l'arcade gothique de la chapelle
qu'elle est destinée à orner. Nous avons déjà fait remarquer les différences qui distinguent le

1. Public par Passavant, tome 1", pages 36i et 3Gi
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